Affaire Steve Maia Caniço :« La situation aurait été totalement différente si le neuvième sound system avait coupé le son comme les huit autres. La cause première des violences de la nuit est bien celle-là »

La lecture des 66 pages du rapport de l’IGA laisse peu de place à l’interprétation : c’est le commissaire divisionnaire présent sur les lieux ce 21 juin, Grégoire Chassaing, qui fait office de principal mis en cause. Pour parvenir à cette conclusion, les enquêteurs ont retracé l’enchaînement des événements.

D’après ceux-ci, les policiers, qui s’étaient rendus sur les lieux pour faire cesser la musique émanant des installations sonores disposées sur le quai, ont bien été pris à partie par des jets de projectiles et se trouvaient donc en position de légitime défense. « La mission observe en premier lieu que la situation aurait été totalement différente si le neuvième sound system avait coupé le son comme les huit autres. La cause première des violences de la nuit est bien celle-là. »

En revanche, ils estiment que le chef du dispositif policier a « manqué de discernement » pour mener sa riposte.

Pour avoir des éléments de comparaison concrets, les enquêteurs de l’IGA se sont notamment intéressés à une intervention similaire, au même endroit, lors de la Fête de la musique en 2017. Les forces de l’ordre avaient alors choisi d’effectuer un repli tactique.

Le commissaire Chassaing n’exercera plus dans l’immédiat ses fonctions et sera muté à un poste n’ayant aucun lien avec le maintien de l’ordre, « sans préjuger des suites judiciaires »

Le fonctionnaire de police est donc le seul à faire l’objet d’une sanction directe.
Son supérieur hiérarchique, le directeur départemental de la sécurité publique par intérim, Thierry Palermo, qui dirigeait les opérations depuis la salle de commandement, est épargné.
Le rapport souligne, pourtant, ses défaillances dans la remontée d’information : ni la préfecture ni la mairie n’ont été mises au courant de la situation au cours de la nuit.

Cette « ignorance des faits » sauve le préfet de Loire-Atlantique, Claude d’Harcourt. Ce dernier échappe aux foudres ministérielles. « L’autorité préfectorale n’a pas eu, dans la nuit du 21 juin, la possibilité de prendre la mesure des événements et de donner des directives au directeur départemental de la sécurité publique par intérim », explique le rapport. Idem pour la mairie de Nantes, qui n’a pas été prévenue par les forces de police des chutes dans la Loire.

Ce n’est cependant pas un blanc-seing pour ces deux institutions. L’IGA estime qu’elles se sont concentrées sur le risque terroriste et n’ont pas accordé une attention suffisante aux autres problématiques, notamment la sécurisation des abords de la Loire.

« Nous pointons des dysfonctionnements, des manques dans la préparation de la fête, de la part de la ville de Nantes et de la préfecture de Loire-Atlantique », a précisé Jacques Schneider, l’un des enquêteurs de l’IGA, après la présentation du ministre de l’intérieur.

Les secours ont eux aussi souffert d’une absence de coordination durant la nuit. En témoigne la difficulté à répertorier les personnes ayant chuté dans le fleuve, un chiffre qui a longtemps été fluctuant. L’IGA estime aujourd’hui que douze participants à la fête sont tombés à l’eau depuis le quai Wilson, dont quatre avant l’intervention de la police et un après.

Les enquêteurs ont notamment écouté le trafic radio ce soir-là et ont noté « une certaine confusion dans l’analyse de la situation et une montée en charge très dépendante du déroulement des faits, sans réelle démarche d’anticipation ».

L’ensemble de ces éléments conduit l’IGA à formuler dix recommandations en conclusion de son rapport, parmi lesquelles l’amélioration de la transmission des informations entre les différents services (police, secours, mairie, préfecture…) et la sécurisation des abords de la Loire pour de pareils événements. Christophe Castaner a, par ailleurs, ajouté que les interventions policières nocturnes dans des lieux dangereux devraient désormais avoir l’aval de l’autorité préfectorale.

Pour les proches de Steve, le vrai enjeu reste, cependant, de prouver le lien de causalité entre l’intervention des forces de l’ordre et la mort du jeune homme, qui, à ce jour, n’est pas établi.

Pour les proches de Steve Maia Caniço, il s’agit d’un premier pas. Cécile de Oliveira, avocate de la famille, explique qu’ ils notent, avec un peu de soulagement, que sont reconnus « le caractère offensif des opérations de police avec un usage de la force sans sommation » et la notion « de mouvement de panique de la foule » ayant entraîné la chute de fêtards dans la Loire.

« On ne peut évidemment pas se satisfaire de ce seul rapport de l’IGA« , ajoute-t-elle. « Mais au moins je constate qu’il y a un recul par rapport à la version de l’enquête administrative de l’IGPN dévoilée le 30 juillet. Cette fois, on n’est plus sur le même ton, il n’est plus question de couvrir la police. La rédaction de ce document est beaucoup plus sérieuse. » 

©Darius Fawkes pour WPA et TVPC, le 15 septembre 2019 à 01:09
linktr.ee/Darius_Fawkes
%d blogueurs aiment cette page :