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France: convergence des luttes? il semblerait actuellement que « même répression même combat » soit le mot d’ordre.

Grève mondiale pour le climat vendredi, manifestation nationale de Force ouvrière à Paris contre la réforme des régimes de retraite, acte 45 des gilets jaunes et marche pour le climat samedi : un week-end très chargé dans la capitale.

Une poignée de gilets jaunes par ci, une grappe de syndicalistes enseignants par là, la troisième grève mondiale pour le climat est restée en France une affaire de jeunes, même si cette fois-ci l’ensemble de la population était convié à descendre dans la rue. À Paris, le cabinet Occurrence a comptabilisé 9400 manifestants, deux à trois fois moins qu’en mars et mai dernier. Aux traditionnels « Et un et deux et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité » et autres « on est plus chaud, plus chaud, plus chaud que le climat », se sont ajoutés de nombreux slogans dénonçant le système de production capitaliste comme cause du changement climatique. Une banderole résumait l’impatience de la jeunesse face à l’inaction des gouvernements : « respect existence ou expect résistance ».

La convergence souhaitée par une partie des gilets jaunes et des organisateurs des marches pour le climat a en partie eu lieu ce week-end à Paris. Le déploiement de 7500 policiers et gendarmes dans la capitale et les interdictions de manifester dans l’Ouest parisien ont dans un premier temps limité les possibilités de jonction et empêché la formation d’un réel cortège. Le rendez-vous programmé place de la Madeleine dès 9 h du matin le samedi par l’association Attac et le syndicat Solidaires a été interdit par arrêté préfectoral moins de 24 h plus tôt. Tout au long de la matinée, de petits groupes tentent malgré tout de manifester ou de se rendre sur les Champs-Élysées. En quelques heures, les forces de l’ordre interpellent 90 personnes et en verbalisent 120 autres. Le ton est donné.

L’après-midi, de très nombreux gilets jaunes convergent vers la marche pour le climat. La tête de la manifestation est occupée par « un millier de militants radicaux » organisés en black bloc, selon la préfecture de police de Paris. Ils devancent une manifestation massive. Aux quelques dégradations de mobilier urbain et de vitrines de banque en début de défilé, répondent la doctrine du maintien de l’ordre mainte fois observée ces derniers mois : la punition collective. Les témoignages de l’utilisation de grenades lacrymogènes ou de désencerclement, de LBD et de charges sur l’ensemble de la manifestation sont nombreux. Même sur des endroits calmes et malgré la présence de famille avec enfants.

Certaines ONG organisatrices ont appelé à poursuivre la manifestation, en fustigeant l’action des forces de l’ordre. “45 minutes après le départ, les forces de l’ordre ont projeté sans sommation plusieurs grenades de désencerclement dans le cortège”, a affirmé à l’AFP une porte-parole d’ANV-COP21. “Les manifestants ont dû faire marche arrière, ils sont stupéfaits, sous le choc”, a-t-elle poursuivi en dénonçant “une réaction complètement disproportionnée des forces de l’ordre”.

La porte parole d’AnvCOP21, Elodie Nace, attend des explications quant au comportement des forces de l’ordre.

Elle déplore « Sans sommation on a reçu des grenades de désencerclement et lacrymos » … « alors nous étions nassé, femmes et enfants avec impossibilité de se disperser et quitter les lieux », « on déplore vraiment que notre message ne passe pas et que la violence qui soit mise en avant »

« On nous a interdit le rassemblement autour de La Madeleine, qui avait un message très clair de porter un lien fort entre les Gilets Jaunes, mouvement climat, gilets noirs syndicats, etc… qui était un message fort à l’adresse du gouvernement « 

Certains marcheurs qui tentaient de sortir du cortège, dont des personnes âgées et des familles, ont toutefois été contraints de rester sur place, la police barrant l’accès à certaines sorties en procédant à des “nasses”.

“À quoi joue la préfecture de police?”

Plusieurs élus présents dans le cortège ont exprimé leur indignation face à ces techniques de maintien de l’ordre, une partie de la gauche radicale accusant Emmanuel Macron de vouloir “gazer” les manifestants pour le climat.

“La police encercle les manifestants pacifiques de la marche pour le climat place Edmond Rostand, les empêchant d’évacuer de toutes parts. À quoi joue la préfecture de police?”, s’est agacé le sénateur et ancien numéro un du PCF Pierre Laurent tandis que le porte-parole d’EELV, Julien Bayou, dénonçait une “scandaleuse atteinte à la liberté de manifester”.

“Des enfants sont bloqués. Des femmes paniquent. Des milliers de militants pacifiques sont coincés par une police comme s’ils étaient des délinquants”, témoignait de son côté l’eurodéputé EELV Damien Carême en pointant du doigt Emmanuel Macron et son ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

Même répression, mêmes combats ?
Une disproportion telle, que la repression n’a pas eu pour effet une condamnation, par les organisateurs de la marche, des dégradations commises en début de défilé.

Même si Greenpeace a appelé ses troupes à quitter le cortège noyé sous les gaz lacrymogènes, l’ONG a ensuite dénoncé « une attaque policière inédite dans l’histoire du mouvement social ». L’ensemble des organisateurs ont également vilipendé dans un communiqué commun « une volonté délibérée et inacceptable du gouvernement de réduire la contestation au silence ».

Si l’objectif était d’entériner une séparation irréconciliable entre gilets jaunes et marcheurs pour le climat, c’est raté.

La tonalité « fin du monde, fin du mois, même combat » était bien présente dans le défilé. Par contre, s’il s’agit d’installer une forme de terreur éloignant une partie de la population des manifestations, ou de réduire une opposition pouvant devenir si massive qu’elle déstabilise un jour le pouvoir, c’est peut-être en partie gagné. L’avenir nous le dira.

En attendant, une partie des défenseurs du climat radicalise ses positions, notamment vis-à-vis des forces de l’ordre et des formes d’action.

©Darius Fawkes pour WPA – TVPC et Journalisme 2.0 – le 23 septembre 2019 à 01:53
linktr.ee/Darius_Fawkes

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