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Espagne: Catalogne – nuits de violence, grève générale, que se passe-t-il à Barcelone ?

À Barcelone, les manifestations se poursuivent après la condamnation, lundi dernier, de neuf militants pro-indépendance. À la veille d’une grève générale, la situation est plus qu’explosive dans la capitale de la Catalogne.

Le reporter de BRUT, Rémy Buisine est sur place et relate actuellement, vendredi à 01h40, en images la situation explosive dans les rues de Barcelone.

Le point de départ !

Les nuits de violences se succèdent à Barcelone depuis la condamnation, lundi dernier, de neuf dirigeants indépendantistes. Accusés d’avoir participé à l’organisation du référendum sur l’indépendance de la région en 2017, interdit par les autorités espagnoles, ils ont écopé de peines de prison de neuf à treize ans, soit un total de plus de 100 ans de prison, accompagnées d’une peine d’éligibilité.

Cette décision de la Cour suprême condamne également la déclaration d’indépendance unilatérale qui avait suivi le référendum. Seul le chef d’accusation de sédition,  qui fait référence dans la loi espagnole à « un soulèvement public et tumultueux pour empêcher par la force ou en dehors des voies légales l’application des lois », a été retenu. Ce verdict a jeté les indépendantistes barcelonais dans les rues de la capitale de la Catalogne, un mois avant les prochaines élections législatives espagnoles. 

Ce sont de véritables émeutes qui ont lieu à Barcelone depuis lundi. De nombreux endroits de la ville sont en proie aux flammes depuis que des manifestants ont brûlé des barricades et des voitures. Ils ont également lancé des pierres et bouteilles sur les policiers, ainsi que de l’acide, des cocktails molotov et des feux d’artifices, toujours d’après l’AFP. Les mouvements de protestation se sont également étendus à d’autres villes comme Tarragon et Leida. Des « marchas » venant des cinq villes principales de Catalogne vont ainsi arriver à Barcelone vendredi 18 octobre pour une grève générale lancé par les indépendantistes. 

Les forces de l’ordre ont quant à elles signalé l’escalade des violences notamment cette nuit, et le président indépendantiste catalan Quim Torra les a également condamnées à la demande du Premier ministre espagnol. « Nous ne pouvons pas nous permettre de faire un pas en arrière dans la défense inaliénable de notre droit à l’autodétermination. La peur et les menaces ne nous vaincront pas », a-t-il cependant déclaré, assurant qu’il souhaitait obtenir l’indépendance catalane d’ici deux ans. Il a également ajouté qu’il est « normal et il est bon que nous protestions contre une sentence injuste et aberrante. »

Plus de 150 personnes ont été blessées, et plus de 70 manifestants ont été interpellés par la police depuis lundi. Les manifestations de violence sont réprimées par la police qui tire des balles en mousse et en caoutchouc et le chef du gouvernement Pedro Sanchez a envoyé des renforts, notamment pour assurer la gestion de la grève générale annoncée pour ce vendredi. « Nous n’avons pas besoin de la violence pour gagner, l’État en a besoin pour nous vaincre », a déclaré Carles Puigdemont sur Twitter depuis Bruxelles, d’où il a appelé les manifestants à rester non-violents. Poursuivi par la justice espagnole suite à la sécession de 2017, l’ancien président indépendantiste catalan Carles Puigdermont est sous le coup d’un mandat d’arrêt européen et international depuis le jugement de ce lundi.

Après les émeutes en Catalogne, l’article 155 est à nouveau sur toutes les lèvres.

Le Sénat espagnol s’apprête à voter vendredi en faveur du déclenchement de l’article 155 de la Constitution, pour permettre au gouvernement de Mariano Rajoy de mettre la Catalogne sous tutelle. Une mesure drastique et délicate à mettre en oeuvre.

L’article 155 stipule que « si une communauté autonome ne respecte pas les obligations qui lui sont imposées par la Constitution ou par d’autres lois, ou agit d’une manière qui porte gravement atteinte à l’intérêt général de l’Espagne, le gouvernement (…) pourra adopter les mesures nécessaires pour l’obliger à respecter les dites obligations, ou pour la protection de l’intérêt général ».

C’est une mesure délicate car l’Espagne est un pays extrêmement décentralisé et ses 17 régions, les « Communautés autonomes », tiennent à leurs pouvoirs étendus, en matière de santé et d’éducation par exemple.

Pour la Catalogne, cela supposerait un recul important, qui rappellerait les longues années de la dictature de Francisco Franco (1939-1975) pendant lesquelles elle avait été privée de cette autonomie.

Le gouvernement espagnol explique cependant qu’il veut uniquement en faire usage pour « restaurer l’ordre constitutionnel », pendant six mois, face aux menaces de sécession proférées par les indépendantistes.

La mesure choquerait d’autant plus localement que c’est justement autour du débat sur les compétences de la Catalogne, meurtrie par l’annulation partielle en 2010 par la justice d’un statut lui conférant de très larges pouvoirs, que s’est nouée la crise actuelle.

Comment se déclenche l’article 155 ?

Le chef du gouvernement ne peut pas unilatéralement déclencher l’article 155. Il doit d’abord sommer le président de la région concernée de revenir à l’ordre constitutionnel, comme il l’a fait le 11 octobre. Ensuite, faute de réponse satisfaisante, il s’adresse au Sénat pour qu’il l’autorise à suspendre tout ou partie de l’autonomie de la région, une fois examinées les mesures qu’il entend prendre pour l’amener à « respecter ses obligations ».

M. Rajoy souhaite destituer l’exécutif catalan et diriger la Catalogne depuis Madrid, et mettre sous tutelle la police catalane, de même que les médias publics. Il veut aussi contrôler les lois qui sont votées au Parlement régional. L’étendue des mesures proposées fait l’objet de débats, certains spécialistes du droit constitutionnel s’interrogeant sur la mainmise de l’exécutif sur le législatif, où encore la possibilité réelle de destituer tout l’exécutif.

Mais au Sénat, le parti de Mariano Rajoy est majoritaire et le soutiendra pour appliquer les mesures nécessaires. M. Rajoy peut ensuite décider de mettre ces mesures en oeuvre progressivement, ou en une seule fois.

L’article 155 n’avait jamais été pleinement appliqué. Mais la Catalogne a déjà vécu d’autres suspensions de son autonomie. Le dictateur Francisco Franco la lui retira, comme au Pays basque.

C’était en 1934. Le 6 octobre, le président du gouvernement autonome de Catalogne, Lluis Companys, proclamait un « Etat catalan dans le cadre d’une République fédérale d’Espagne ». « Catalans ! s’écrie-t-il alors depuis le balcon de la Generalitat, le siège du gouvernement catalan (…). En cette heure solennelle, au nom du peuple et du Parlement, le gouvernement que je préside assume tous les pouvoirs en Catalogne, proclame l’Etat Catalan de la République fédérale espagnole ».

©Darius Fawkes pour WPA – TVPC et Journalisme 2.0 – le 18 octobre 2019 à 01:59
Crédit photo: © Joan Mateu/AP/SIPA
linktr.ee/Darius_Fawkes

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