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LIBAN – Pour le huitième jour consécutif et malgré le déploiement de l’armée, la mobilisation se poursuit.

Nouvelle tournure pour le soulèvement populaire au Liban avec l’apparition en masse de l’armée autour de Beyrouth, la foule a cependant pu poursuivre pacifiquement sa mobilisation pour le septième jour consécutif. Malgré l’annonce de réformes par le gouvernement, le mouvement semble parti pour durer avec une mobilisation toujours aussi forte de la rue.

le risque d’une paralysie totale du pays dû à la multiplication des barrages routiers sur les axes menant à la capitale, a conduit l’armée et les forces de sécurité à se déployer mercredi. Après des jours de manifestations géantes et festives, des rassemblement de centaines de personnes se sont multipliés dans la journée sur les nombreux barrages montés à l’aide de barrières, de pneus, de bidons ou de voitures.

Malgré des face-à-face parfois tendus, les manifestants ont engagé le dialogue avec les militaires venus les déloger. Brandissant les drapeaux libanais, entonnant l’hymne national et des chants traditionnels, leur distribuant parfois des fleurs, ils ont le plus souvent eu gain de cause. Selon un photographe de l’AFP, certains soldats avaient les larmes aux yeux face à la foule qui leur criait : «Pacifiques, pacifiques !».

Selon l’Agence nationale d’informations ANI À Nabatiyé (Sud), on déplore toutefois une dizaine de blessés, suite à une tentative de dispertion par la police. Dans ce bastion des mouvements chiites Hezbollah et Amal, les contestataires ont aussi été pris à partie par des partisans de ces deux partis, avant que l’armée n’intervienne, a indiqué un manifestant à l’AFP.

Des milliers de femmes ont rejoint les rangs de la contestation pour dénoncer également les inégalités dont elles restent victimes dans le pays, notamment en raisons de lois communautaires (mariage, divorce, héritage, etc).

l’importance de sauvegarder la sécurité et la stabilité du pays

Le premier ministre Saad Hariri, dans un communiqué, s’est dit «déterminé à obtenir l’ouverture des routes pour assurer la libre circulation des citoyens», précisant «l’importance de sauvegarder la sécurité et la stabilité du pays». Cependant, fin de journée, seul un barrage avait été levé de force, à l’entrée nord de Beyrouth, et la voie express qui traverse le pays du nord au sud était toujours majoritairement bloquée. Les banques, écoles et universités sont quant à elles restées fermées jusqu’à nouvel ordre. Bravant les tentatives de réouverture des routes par la force et la chute de fortes pluies début de l’après-midi, les manifestants n’ont pas quitté la rue.

Ouverture de poursuites contre un ancien premier ministre

Autre développement significatif, au moment où les foules conspuent la corruption des élites, une juge annonçait mercredi l’ouverture de poursuites contre un ancien premier ministre, Najib Mikati, à la tête du gouvernement entre 2011 et 2014. Najib Mikati, 63 ans, ainsi que son frère, son fils et une banque libanaise ont été accusés d’«enrichissement illicite» à la suite d’allégations selon lesquelles ils auraient reçu à tort des millions de dollars de prêts au logement subventionnés. Cet ancien entrepreneur, dont la fortune est estimée à quelque 2,5 milliards de dollars, a nié ces allégations. S’il est reconnu coupable, il serait le premier ancien premier ministre libanais à être condamné pour corruption.

Aucun leader de la contestation n’a émergé

Un «comité de coordination de la révolution» a annoncé sa naissance mardi lors d’une prise de parole sur l’estrade de la place des Martyrs à Beyrouth, mais sans convaincre de sa représentativité.

un coup de pouce financier de l’étranger

Saad Hariri mise sur un coup de pouce financier de l’étranger pour l’aider à sortir de l’impasse. Mardi dernier, Il rencontrait les ambassadeurs de France et des États-Unis, deux pays amis, pour les convaincre du bien-fondé de son plan d’urgence. Espérant surtout faire débloquer un fonds de 11 milliards de dollars promis en avril 2018 lors d’une conférence à Paris en échange de réformes structurelles.

Mercredi, David Schenker, en charge du Moyen-Orient au département d’État à déclaré que les Etats-Unis «sont prêts à aider le gouvernement libanais» à prendre des mesures. S’abstenant de commenter le plan de réformes économiques présenté par Saad Hariri, David Schenker a aussi évoqué le «désir légitime» des manifestants de «vivre dans un pays prospère et florissant, libéré de la corruption qui limite son potentiel depuis trop longtemps».

©Darius Fawkes pour WPA – TVPC et Journalisme 2.0 – le 24 octobre 2019 à 22:33
Source: AFP – Crédit photo: village de Zouk Mosbeh, au nord de Beyrouth, le 23 octobre 2019. JOSEPH EID / AFP
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