Mobilisation: Irak – des manifestations pour « la chute du régime » suite à une nuit de feu et de sang

Six personnes ont été tuées samedi – trois à Bagdad et trois dans le Sud, touchées par les tirs des gardes de la maison d’un officiel que des protestataires incendiaient.

La Commission gouvernementale des droits de l’homme a annoncé que ce
samedi 26 octobre en Irak, six personnes ont été tuées, trois manifestants à Bagdad et trois personnes dans le sud du pays, touchées par les tirs des gardes de la maison d’un officiel que des manifestants incendiaient.
Les forces de sécurité tentaient de venir à bout de nouvelles manifestations qui réclament « la chute du régime » après une nuit de violences meurtrières.

Depuis le 1er octobre, environ deux cents personnes sont mortes dans la contestation [inédite parce que spontanée], interrompue pendant dix-huit jours, le temps du plus important pèlerinage chiite avant de reprendre jeudi.

Près du quart des personnes tuées, 42, l’ont été vendredi, alors que les violences prennaient un tour nouveau avec l’incendie dans le sud du pays de dizaines de sièges de partis, de bureaux de députés et surtout des QG des factions armées du puissant Hachd Al-Chaabi, coalition de paramilitaires dominée par les milices chiites pro-Iran et alliée du gouvernement irakien. Depuis début octobre et les premières contestations, les autorités tirent à balles réelles sur les opposants. Jusqu’à présent, le bilan serait d’au moins 220 morts.

Le gouvernement a progressivement coupé l’ensemble du réseau internet du pays au début du mois d’octobre, ce qui n’a fait qu’amplifier la contestation

Parallèlement, le gouvernement a décidé de couper progressivement l’accès à Internet dans l’ensemble du pays. Une mesure visant à fragiliser l’organisation des rassemblements et à contrôler l’information. Cette méthode, le gouvernement irakien n’est en effet pas le seul à y avoir eu recours, et le passé a déjà montré son inefficacité. En janvier 2011, alors que les premières manifestations se déclenchent en Egypte, Hosni Moubarak, le président de l’époque, prend la même décision et coupe Internet dans tout le pays. Telecomix, un groupe décentralisé de cybermilitants engagés en faveur de la liberté d’expression, décide d’agir. Rapidement, ils mettent en place une connexion gratuite par ligne commutée (c’est-à-dire par le biais du réseau téléphonique), permettant aux militants égyptiens de contourner la censure. Pour rappel, les manifestations de janvier ont mené à la révolution égyptienne et à la démission du président.

A Bagdad, on assure que la mobilisation est pacifique

A Bagdad, les manifestants sur la place Tahrir, proche de la « zone verte » où siègent le Parlement et l’ambassade des Etats-Unis, assurent que leur mobilisation contre le pouvoir est pacifique et que de telles violences n’ont pas eu lieu. Ce samedi, après avoir dormi sur place, ils ont de nouveau défilé sous les grenades lacrymogènes et assourdissantes des forces de sécurité et des heurts limités se poursuivaient sur le pont Al-Joumhouriya.

Irak, un système au bord de l’épuisement

Les mesures sociales annoncées, sont rejettées en bloc par les protestataires qui veulent, disent-ils, une nouvelle Constitution et une classe politique entièrement renouvelée, sachant que l’Irak est classé douzième pays le plus corrompu au monde.

Le premier ministre, Adel Abdel Mahdi, a plaidé pour réformer le système d’attribution des postes de fonctionnaires et abaisser l’âge des candidats aux élections, dans un pays où 60 % de la population à moins de 25 ans.

Pour les manifestants, depuis la chute du dictateur Saddam Hussein en 2003, les gouvernements successifs ont mené le système à l’épuisement. En seize ans, la corruption a officiellement coûté 410 milliards d’euros à l’Etat, soit deux fois le PIB de l’Irak, alors que celui-ci est deuxième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

Le Parlement, qui devait se réunir samedi pour discuter des revendications des manifestants, a de nouveau annulé sa séance faute de quorum.

Dans plusieurs villes du Sud sous couvre-feu depuis vendredi, des appels à manifester ont été lancés pour la fin d’après-midi, après les enterrements des victimes des violences de la nuit.


©Darius Fawkes pour WPA – TVPC et Journalisme 2.0 – le 27 octobre 2019 à 03:45
Source: AFP
crédit photo: Des manifestants à Bagdad protestent contre la corruption et le chômage. PHOTO : REUTERS / THAIER AL-SUDANI
linktr.ee/Darius_Fawkes

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