LIBAN: Le Premier ministre libanais Saad Hariri annonce sa démission à Aoun : « C’est la première victoire de la révolte »

Au treizième jour de manifestations, Saad Hariri démissionne sous la pression des manifestants.

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, a présenté mardi au président de la République, Michel Aoun, sa démission réclamée par des dizaines de milliers de Libanais depuis le 17 octobre 2019. Cette décision intervient quelques heures après une violente attaque de partisans du Hezbollah et d’Amal contre les manifestants anti-gouvernement dans le centre-ville de Beyrouth.
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Le premier ministre Saad Hariri (à droite) a remis sa démission au président Michel Aoun, mardi à Beyrouth. Dalati Nohra/AP

C’est dans un discours très bref et au nom de la «sécurité du pay que le premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé mardi qu’il présenterait sa démission au président. Treize jours après le début d’immenses manifestations qui ont bouleversé le pays, Saad Hariri a capitulé. « A mes partenaires politiques, je dis que notre responsabilité aujourd’hui est de voir comment protéger le Liban et empêcher que le « feu » ne l’atteigne. Il existe aujourd’hui une opportunité sérieuse qu’il ne faut pas perdre », lance le Premier ministre dans une très brève allocution en direct.  

« Pour arrêter la dégradation de la situation, j’ai essayé de trouver une sortie de crise pour calmer la colère des gens. Je me trouve dans une impasse et il est temps de donner un grand choc pour sortir de la crise. »

« Je démissionne en réponse à la volonté de beaucoup de Libanais qui sont descendus dans les rues pour demander du changement, a-t-il ajouté. Les postes changent et les gens tournent mais ce qui est important, c’est la dignité du pays et sa stabilité. » Il a prévenu : « J’appelle toutes les parties à faire primer l’intérêt et la sécurité du Liban et d’empêcher un effondrement économique […] A mes partenaires politiques, je dis que notre responsabilité aujourd’hui est de voir comment protéger le Liban et empêcher que le “feu” ne l’atteigne. Il existe aujourd’hui une opportunité sérieuse qu’il ne faut pas perdre. »

« La première victoire » de la révolte »

Son intervention a été accueillie par les vivats de la foule qui l’écoutait en direct dans plusieurs lieux de rassemblement, avant que ne retentisse l’hymne national – An-nasid al-wataniyy al-lubnani – repris à pleins poumons par les manifestants. Des feux d’artifice ont été aussitôt tirés dans Beyrouth tandis que des voitures sillonnaient la ville klaxons hurlants en signe de victoire.

Dans l’ « L’Orient-Le Jour », on peut lire qu’ à Saïda, ville du Sud dont M. Hariri est originaire, les manifestants rassemblés sur la place Élia ont laissé éclater leur joie. Les personnes rassemblées, qui écoutaient en direct le discours, ont crié de joie et dansé la dabké, rapporte leur correspondant sur place Mountasser Abdallah. L’un deux, Mohammad, a affirmé à L’Orient-Le Jour que cette annonce était « la première victoire » de la révolte et que les contestataires « resteront dans la rue jusqu’à ce que toutes nos revendications soient entendues ». Pour sa part, Hussein a appelé « tous ceux qui sont encore chez eux à descendre dans les rues », estimant que « la réalisation de tous les objectifs du mouvement est proche ».

Les manifestants avaient réussi dimanche une démonstration inédite de force et d’unité en formant une chaîne humaine du nord au sud du pays, sur 170 km de long. La presse y a vu le symbole d’une mobilisation sans précédent, par son ampleur et son harmonie, dans l’histoire du Liban.

Le Hezbollah s’en prend aux manifestants

Quelques heures plus tôt, des centaines d’hommes se réclamant du puissant parti chiite, le Hezbollah, et de son allié Amal, ont saccagé le centre-ville occupé depuis près de deux semaines par des manifestants, qui avaient installé des tentes pour débattre, dans une ambiance joyeuse, de l’avenir de leur pays. Des rumeurs se sont rapidement propagées selon lesquelles ces hommes étaient sur le point d’envahir Achrafié.

Pas d’élections anticipées automatiques

La démission du gouvernement n’implique pas des élections anticipées : selon la Constitution libanaise, si le président de la République accepte le départ de Saad Hariri, il peut désigner une autre personnalité sunnite, à son tour chargée de constituer un gouvernement.

Les participants au soulèvement populaire réclament, eux, un changement de classe politique par la nomination d’un gouvernement de transition, constitué de technocrates, et l’annonce d’élections anticipées. Les manifestants sont aussi favorables à un changement en profondeur du système politique libanais, notamment la fin du partage confessionnel tel qu’il existe actuellement.

Les réactions politiques.

Selon L’orient le jour, plusieurs responsables politiques et religieux ont réagi à la démission du Premier ministre, espérant pour la plupart qu’elle constitue un pas vers une sortie de crise. 

Le leader druze Walid Joumblatt a appelé « au dialogue et au calme ». « Depuis le début (des manifestations) j’appelle au dialogue », a écrit le chef du Parti socialiste progressiste sur Twitter.


Le chef des Forces libanaises, le leader chrétien Samir Geagea, a de son côté appelé à « la formation d’un nouveau gouvernement composé de technocrates complètement indépendants » des différentes formations politiques au pouvoir.


La ministre de l’Intérieur Raya el-Hassan (membre du Courant du Futur de M. Hariri), a , quant à elle, estimé que la démission était « nécessaire pour empêcher un glissement vers des affrontements civils, dont nous avons vu les dangers aujourd’hui dans le centre-ville de Beyrouth ».


Tandis que de leur côté, les anciens Premiers ministres Fouad Siniora, Tammam Salam et Nagib Mikati se sont réunis au domicile de M. Siniora. Une réunion à l’issue de laquelle, ils ont estimé dans un communiqué conjoint que la décision de Saad Hariri est « une réponse à l’appel de la plupart des Libanais, qui exprimaient leur foi en un Liban souverain, libre et indépendant ». « Le temps est venu pour que tout le monde assume ses responsabilités afin de lancer une initiative de sauvetage nationale, qui puisse répondre aux revendications des gens, sauvegarder la paix civile et protéger le Liban de effondrement ».

Cela ne fait qu’empirer une crise déjà «très grave» selon le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

En réaction à cette démission, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian à déclaré, «Ce dont a besoin le Liban, c’est d’un engagement de l’ensemble des responsables politiques à s’interroger sur eux-mêmes», avant de préciser les deux convictions de la France : « Tout faire pour garantir la stabilité des institutions et l’unité du Liban (…) et écouter la voix de la population. ».

Le patron de l’ONU Antonio Guterres a, quant à lui appelé « tous les acteurs politiques à chercher une solution (…) pour répondre aux aspirations du peuple », et au « respect des droits d’expression et de rassemblements pacifiques ».

La réponse du président Michel Aoun et celle de son allié le Hezbollah, dans les jours à venir, révéleront s’ils y sont prêts.

©Darius Fawkes pour WPA – TVPC et Journalisme 2.0 – le 30 octobre 2019 à 01:45
Sources: L’obs / ‘Orient-Le Jour crédit hotos: Mountasser Abdallah
linktr.ee/Darius_Fawkes

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