fbpx

Politique: Macron, de retour en Chine, n’a pas l’intention de sacrifier les réelles opportunités commerciales sur l’autel des droits de l’Homme.

Alors que la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis n’est toujours pas appaisée, le Président français compte jouer la carte business, tout en évitant les sujets sensibles.

Du lundi 4 au mercredi 6 novembre, Emmanuel Macron effectue sa deuxième visite d’Etat en Chine depuis son accession à l’Elysée. Un voyage qui s’annonce plus délicat, en raison de l’environnement international (Hongkong et les relations commerciales entre Pékin et Washington), mais aussi de tensions sur la politique asiatique de Paris. Lors de sa première visite, en janvier 2018, le président Macron avait pris l’engagement de s’y rendre chaque année, à l’instar de la chancelière allemande, Angela Merkel.

Dans les deux capitales, les diplomates insistent sur l’importance de la relation entre la France et la Chine. Le président de la République, conscient de l’asymétrie croissante de cette relation, entend à la fois y défendre les intérêts de la France et porter les couleurs de l’Europe. La délégation emmenée par l’Elysée sera composée du commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, lequel sera chargé du commerce dans la Commission d’Ursula Von der Leyen, ainsi que des entreprises d’outre-Rhin. La ministre allemande de l’éducation et de la recherche, Anja Karliczek, déjà présente en Asie, rejoindra le chef de l’Etat français au cours de sa visite.

L’Elysée déclare, « On attend une quarantaine de contrats »

Le président français arrivera lundi 4 novembre à Shanghaiou il sera accueilli par son homologue chinois avec Xi Jinping à la Foire des importations, un grand rendez-vous commercial dont la France est l’un des « invités d’honneur » avec 70 entreprises tricolores inscrites.

Cette visite d’Emmanuel Macron en Chine est surtout placée sous le signe du commerce. Les contrats concerneront les secteurs traditionnels de la relation franco-chinoise : agroalimentaire, tourisme, santé, notamment. Le défi est d’élargir cette palette car « l’image de la France en Chine ne correspond pas tout à fait à la réalité », reconnaît Zhu Jing, du ministère chinois des Affaires étrangères. Il déclare que pour 90% des Chinois, « la France est un pays romantique », réputé pour « la littérature, le vin, le fromage », en oubliant que « c’est aussi un pays avec de grandes capacités industrielles et des entreprises présentes dans le monde entier ». Paris espère avancer sur le projet d’usine de traitement de combustibles nucléaires usés porté par Orano (ex-Areva), pour lequel « ça s’accélère », selon l’Elysée.

Un programme chargé, qui contraint le président à esquiver les (nombreux) sujets qui fâchent.

Il sera également question de culture, de biodiversité et des sujets qui préoccupent le conseil de sécurité de l’ONU, nucléaire iranien en tête. Mais “la priorité” de cette visite reste “l’ouverture de marchés”, reconnaît l’Élysée, qui précise que le chef de l’État participera à la Foire des importations de Shanghai.

Emmanuel Macron, parcourra les allées de ce salon en compagnie de son homologue chinois, “qui ira visiter le pavillon français”, précise l’équipe du président. Objectif affiché côté français: obtenir des avancées sur l’agroalimentaire, le président emportant dans ses valises les représentants des filières de l’Aubrac, de Salers ainsi que du groupe Bigard après la levée de l’embargo sur le bœuf obtenue en juin 2018. Dîner privé -“geste rare”- avec son homologue, signatures de contrats, inauguration du centre Pompidou Shanghai… Un programme chargé, mais qui contraint le président à esquiver les (nombreux) sujets qui fâchent. 

l’État n’a pas l’intention de sacrifier les réelles opportunités commerciales sur l’autel des droits de l’Homme

Le sujets qui fâchent, en Chine, ce n’est pas ce qui manque. Le plus visible médiatiquement étant celui de la mobilisation à Hong-Kong, laquelle dure depuis le mois de juin. En cause, le recul des libertés individuelles et les ingérences grandissantes de la Chine dans les affaires de cette région semi-autonome, rétrocédée à Pékin en 1997. Alors que les images de cette mobilisation monstre et sa répression musclée font le tour du monde, l’Élysée indique que cette visite en Chine n’est pas forcément le “bon cadre” pour évoquer le sujet. “Il y a eu des expressions de la France dans un cadre européen, appelant les différentes parties à la retenue, à la désescalade et au dialogue”, souligne pudiquement la présidence, qui dit néanmoins “mesurer la sensibilité du sujet”. Traduit en langage diplomatique, cela signifie que le chef de l’État n’a pas l’intention de sacrifier les réelles opportunités commerciales sur l’autel des droits de l’Homme. 

Il en sera de même concernant le sort des Ouïghours dans la région du Xinjiang. Cette ethnie de confession musulmane est soumise à une très sévère répression de Pékin. À tel point qu’une déclaration de l’ONU, soutenue par la France, a dénoncé dans la semaine, sur la base “d’informations crédibles”, les “détentions massives, les efforts pour limiter les pratiques culturelles et religieuses, la surveillance massive et disproportionnée visant les Ouïghours ainsi que les violations et abus commis dans la région ouïghoure autonome du Xinjiang”. Une parole forte qu’Emmanuel Macron n’entend pas forcément répéter en Chine, ou du moins publiquement. Pour l’Élysée , “Il n’y a pas de sujets tabous, mais le président les évoque dans un cadre de dialogue respectueux”,précisant que ce sujet avait déjà été évoqué lors de la visite de Xi Jinping à Paris au mois de mars.

D’autre sujets tout aussi sensibles seront également laissés de côté. C’est notamment le cas des soupçons de piratages informatiques venant de Pékin. Au mois de septembre, c’est Airbus qui haussait le ton, affirmant avoir fait l’objet de cyberattaques venant de la Chine, via ses sous-traitants. En décembre 2018, le New York Times avait révélé que le réseau de communication diplomatique de l’Union européenne avait été ciblé par des hackers chinois. L’Élysée, indiquant à ce sujet que Paris et Pékin préfèrent évoquer le sujet au sein du “dialogue stratégique”, décrit comme “un mécanisme qui permet de parler de tous les sujets dans un cadre de confiance”. Et d’insister: “ces dossiers ne s’abordent pas en conférence de presse”

La de demande de Grace Meng sur le sort de Meng Hongwei, son époux et patron d’Interpol à Lyon arrêté en Chine

Encore un sujet délicat, le sort de Meng Hongwei, le patron d’Interpol à Lyon arrêté en Chine et dont l’épouse avait obtenu au mois de mai l’asile politique en France. Ce qui n’avait pas manqué de faire hurler Pékin, qui avait dénoncé “un abus total de la procédure française”. La présidence assure que c’est un non-sujet, “C’est une affaire qui a été traitée dans un cadre judiciaire”, renvoie l’Élysée, certifiant que ce dossier ne sera pas à l’ordre du jour. Pourtant, Grace Meng avait écrit en mars à la présidence pour que le chef de l’État évoque le sujet avec Xi Jinping. En vain visiblement. 

L’Élysée dit chercher à éviter à tout prix “la diplomatie du mégaphone” tant sur ce sujet, que sur d’autres, cela est très mal perçue dans l’empire du Milieu, qui plus est dans un voyage dont l’objectif est d’éviter que l’Europe “devienne le dommage collatéral des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis”.

L’ONG Human Rights Watch appelle M. Macron à « tenir ses promesses » et à « appeler à des améliorations majeures en matière de droits humains » en Chine.

©Darius Fawkes pour WPA – TVPC et Journalisme 2.0 – le 03 novembre 2019 à 23:55
Sources: AFP / Reuters

CopyrightDepot.com numéro: 00067720-1

linktr.ee/Darius_Fawkes

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :