France: Liberté de la presse, lettre ouverte d’un journaliste.

Ce mardi, trois jours après l’acte 53 des Gilets Jaunes à nouveau marqué par de nombreux blessés parmi les manifestants et une gestion déplorable du maintien de l’ordre à Paris, sur Twitter le service diplomatique français rappelait à l’Iran « son attachement au respect de la liberté d’expression et du droit de manifester pacifiquement ».

Cela est sans doute vrai pour la majorité du peuple français, enfants de la « première manifestation non déclarée » le 14 juillet 1789, descendants d’une longue tradition de contestations et de luttes sociales, peuple manifestant par essence.

Mais venant du gouvernement, au vu de la politique liberticide ainsi que de la répression violente des manifestations en France, ce Tweet résonne comme un hypocrisie et n’en doutons pas fera « long feu ».

Bref rappel des chiffres relevés par le journaliste et lanceur d’alerte David Dufresne dont le travail n’est plus à présenter,

Les victimes

  • 635 manifestants
  • 49 mineurs et lycéens
  • 28 passants
  • 115 journalistes
  • 33 secouristes de rue

860 signalements

  • 2 décès
  • 318 blessures à la tête
    • 24 éborgnés
  • 5 mains arrachées

Ces chiffres ne tenant pas compte du dernier bilan de ce weekend, dont nous n’avons pour l’instant pas connaissance si ce n’est quelques faits repris dans notre article précédent.

Droits de la presse et liberté d’expression !

Derniers faits en date de ce samedi 16 novembre, arrestation de deux reporters freelances à Besançon, la blessure au visage du reporter Julien Moreau à Paris et l’agression dimanche 17 de journalistes indépendants dont Julien Rogue et Matthieu Lax , dont voici la vidéo suivie de sa lettre ouverte.

Agression de journalistes par les force de l’ordre (17/11/2019)

Agression de journalistes par des policiers francais le 17/11/2019 , place de la république. 2 journalistes (Julien Rogue et Matthieu Lax) pris à partis par la police mobile sur place république le 17/11/2019 Merci au média Les Indépendants pour leurs images prisent de la rue voisine, permettant d’avoir la scène sous plusieurs angles.

Publiée par Julien Rogue sur Lundi 18 novembre 2019
Crédits Vidéo Julien Rogue

FIN DE RÉPUBLIQUE


Résumé d’un dimanche soir de chaos, une nouvelle fois au cœur de la place république.

Après un début de journée plutôt calme place du châtelet à Paris, les choses se sont accélérées en milieu d’après-midi avec la prise des galeries Lafayette. Très rapidement délogés, les manifestants ont alors convergé vers place de la République aux alentours de 17 heures.

Toujours positionnés à châtelet, nous décidons avec mon binôme Matthieu Lax (photographe) de se joindre aux manifestants pour rejoindre l’appel sur république.

Nous arrivons pratiquement au même moment que les forces de police qui gaz pratiquement immédiatement la place entière, à la base, lieu de rassemblement d’un autre événement en rapport avec l’Algérie.
Dès les premiers tirs de lacrymo, nous voyons des personnes tomber au sol, presque inertes.

La scène se passe de nuit, la visibilité est quasi nulle sur la place elle-même, on distingue uniquement des silhouettes qui disparaissent dans l’épais nuage blanc qui remonte peu à peu le centre de la concentration.

Une mère algérienne, en plein milieu de la place crie: « vous n’avez pas le droit, nous n’avons rien fait » juste avant de s’écrouler à son tour, pris en charge par des médics et encerclée par une foule en rage.
Nous l’entendons quelques minutes plus tard, crier à nouveau, mais cette fois-ci pour appeler tout le monde à fuir la place pour se mettre à l’abri.
En quelques minutes, la place entière est sous un nuage de gaz asphyxiant.

La scène se passant dans l’obscurité, la peur et la panique envahissent les centaines de manifestants et algériens qui courent désormais dans tous les sens, abasourdis et terrifiés.
les charges sont lancées à peine quelques minutes après le lancement des gaz, c’est une violence inouïe qui est déployée alors que la plupart des personnes ne comprennent pas ce qui se passe.

Nous suivons la BRAV (brigades à moto) qui se replie dans une des ruelles, suivie par une équipe d’une dizaine de journalistes.
Alors que nous les filmons, ils décident de se retourner d’un coup, et de charger les médias qui les suivent.

La plupart des journalistes s’enfuient dont julien (le reporter touché au visage samedi place d’Italie) et nous arrivons malgré tout à échapper à la charge en nous mettant sur le côté avec Matthieu.

Lorsque que nous décidons de rejoindre le groupe, nous somme alors pris à partie par un membre de l’escouade, me désignant avec sa matraque.

Deux de ses collègues arrivent en courant, furieux, nous accusant d’avoir ri lorsque leur escouade a reçu un vélo (oui, carrément) lors de leurs replis.

À ce moment, bien que surpris de ces propos, ayant encore nos masques à gaz sur le visage, nous comprenons qu’il s’agit d’un prétexte pour évacuer la violence de la scène d’émeute quelques minutes auparavant.

Pas le choix, ils nous bloquent dans un coin de la ruelle et commencent à porter plusieurs coups, en nous écrasant en même temps avec un bouclier contre l’entrée de l’immeuble.
Impossible de fuir, nous somme totalement prisonniers.

Impossible également de parler avec les masques, et impossible de leur répondre, et puis dans tous les cas, ils ne nous en laisse pas l’occasion: il s’agit clairement pour eux d’évacuer cette colère, sur le premier venu.
Nous le comprenons vite, et restons silencieux, le plus calme possible, les mains devant pour éviter au maximum l’écrasement.
Assez rapidement, les 3 membres de l’escouade se retirent, en nous menaçant.

Nous apercevons des flashs de l’autre côté de la rue ainsi que des caméras qui sont orientées désormais dans notre direction.
Nous arrivons à fuir calmement cette situation et prenons conscience que nous venons d’éviter un lynchage beaucoup plus violent, probablement à cause des caméras sur place.

Des médias qui protègent des médias, la scène est hallucinante, et en étant cette fois à l’abri de l’escouade, nous réalisons petit à petit, ce que peuvent vivre des milliers de manifestants, pris en tenaille, entre haine et mépris.

je ne blâme pas les membres de cette unité qui poussés à bout, ont réagi dans la colère et l’adrénaline.
Nous ne leur en voulons même pas.
Mais combien de temps, et combien de victimes va-t’il-falloir pour que cette escalade de violence s’arrête?

Ce week-end à été particulièrement dur pour nos confrères média, mais pas que. Combien de julien va-t’il-falloir encore pour que les responsables fassent quelque chose?

je ne soutiens aucune forme de violence, par contre je crois en un équilibre:


là où il y a de la violence policière, on trouve la violence du bloc.
là où il y a de la violence sociale, ou trouve la colère des gilets jaunes.
là où le capitalisme tue, on trouve une révolte des classes,
là où la justice exerce une pression, on trouve des avocats qui luttent en sens inverse.


Et là où les médias mainstream prennent parti, alors nous, les reporters de terrain, devons aussi rétablir l’équilibre.


Partout où l’équilibre et l’harmonie sont rompus, des voix s’élèvent pour venir les rétablir, car tant qu’il y aura des humains sur terre, ils se battront, les uns contre les autres, mais aussi avec les autres, pour que jamais, une seule idée, système ou « race » ne demeure unique et absolu
e.

©Julien Rogue
crédit photo: ©Matthieu LAX

Nous sommes contre toutes violences et dénonçons fermement celle des forces du maintien de l’ordre à l’encontre du peuple français. Nous marquons notre soutiens confraternel à Julien Moreau, Julien Rogue, Mathieux Lax, ainsi qu’à tous nos confrères journalistes et reporters, indépendants ou non, victimes de cette répression sans nom et de ce bafouement de L’article 19 de Déclaration universelle des droits de l’homme, de l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme et de la Charte de Munich, relatif à la liberté d’expression et aux droits de la presse.

©Darius Fawkes pour WPA – TVPC et Journalisme 2.0 – le 19 novembre 2019 à 16:00
Sources: David Dufresne / Julien Rogue
Crédit photo: ©Mathieux Lax / vidéo: ©Julien Rogue

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