France: Retraites – le gouvernement accélère son calendrier avant la grève

POOL/AFP / Bertrand GUAY Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez (G), le Premier ministre Edouard Philippe (D) et le haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye (2eD) posent le 26 novembre 2019 à Matignon

Pressé de sortir de « l’ambiguïté » sur la réforme des retraites, le gouvernement devrait faire « des annonces » d’ici mi-décembre, « après la grève » reconductible qui débutera jeudi 5 et s’annonce très suivie dans les services publics.

A neuf jours de l’épreuve de force, l’exécutif veut reprendre la main sur le calendrier et enjamber la date choisie par les syndicats opposés à son projet de « système universel » de retraite censé remplacer les 42 régimes existants.

Dès dimanche, le séminaire gouvernemental consacré à cette réforme pourrait se conclure par « l’annonce d’un calendrier et de grands principes », a indiqué Gilles Le Gendre sur Public Sénat.

Le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale s’est projeté « après la grève », prédisant que « dans les jours suivant la grève, nous serons capables de faire atterrir un certain nombre de propositions ».

Plus précis encore, il a estimé que « les annonces qui vont avoir lieu d’ici une quinzaine ou une vingtaine de jours (…) permettront de clarifier les choses ».

Syndicats et patronat, reçus depuis lundi à Matignon, auraient pourtant préféré que le pouvoir abatte ses cartes avant la date fatidique.

« On a perdu beaucoup de temps », a regretté Laurent Berger (CFDT), pointant les « tergiversations de la part du gouvernement ».

« La colère est en train de s’enkyster dans certains secteurs », a mis en garde Laurent Escure (Unsa), réclamant « que des arbitrages soient rendus le plus vite possible », car « si c’est après le 5, on sera dans une zone de danger ».

POOL/AFP / Bertrand GUAY Le président de l’U2P Alain Griset (G) reçu à Matignon le 26 novembre 2019 par le Premier ministre Edouard Philippe (D) et le haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye (2eD)

La grève « aura lieu de toute façon », a observé Geoffroy Roux de Bézieux (Medef), disant s’attendre à « des difficultés », même une « très courte grève » pouvant « avoir un impact sur l’image et l’attractivité du pays ».

« Pendant une journée, on peut s’organiser », a affirmé François Asselin (CPME), qui s’est surtout inquiété pour « le jour d’après ».

« Inquiétude » et « provocations »

« Cette attente d’annonces génère plutôt de l’inquiétude », a souligné Alain Griset (U2P), qui a demandé mardi au Premier ministre, Edouard Philippe, et au haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye, de « garantir la liberté d’exercice » des artisans et des commerçants.

Une revendication qui concerne particulièrement les métiers de l’alimentation, pour qui « les périodes de Noël sont essentielles », a-t-il souligné, ajoutant que « si jamais il y avait des blocages, beaucoup se verraient au premier trimestre dans une situation financière extrêmement compliquée ».

La crainte n’est pas infondée: parti des bastions de la RATP et de la SNCF, l’appel à une grève reconductible contre la réforme des retraite a été rejoint par la CGT, FO, FSU, Solidaires, et plusieurs syndicats étudiants et lycéens, puis par des organisations d’Air France, d’EDF, d’avocats, de magistrats…

AFP / Bertrand GUAY Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez s'exprime devant la presse le 26 novembre 2019 après avoir été reçu à Matignon sur la réforme des retraites

Fait rare, les cadres de la CFE-CGC ont appelé à manifester, et la CFTC a laissé ses syndicats libres de rallier le mouvement, bien que son secrétaire général Cyril Chabanier « privilégie toujours le dialogue par rapport à la grève ».

Le leader de la CGT, Philippe Martinez, est lui prêt pour le bras de fer: « On n’avait jamais eu autant de demandes » de salariés « qui veulent savoir comment » participer à la mobilisation du 5 décembre, a-t-il assuré, évoquant des appels à la grève dans « les raffineries, la pétrochimie, le caoutchouc, l’automobile ».

« Tout le monde est concerné (…) c’est une réforme qui concerne le public comme le privé », a-t-il insisté, dénonçant « la grosse provocation » de l’exécutif qui cible depuis plusieurs jours les seuls régimes spéciaux.

Des statuts qu’Emmanuel Macron lui-même a jugé « d’une autre époque », la ministre des Solidarités, Agnès Buzyn, pointant leurs « revendications très corporatistes », et le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, leur reprochant de vouloir « conserver des inégalités ».

Trop pour M. Martinez, venu dire en face à M. Philippe: « Arrêtez les provocations et recadrez un peu vos ministres ».

#Retraites

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©Darius Fawkes pour WPA – TVPC et Journalisme 2.0 – le 26 novembre 2019 à 15:55
Source AFP

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