Retraites: le Premier ministre dévoile son plan, la fronde s’amplifie

POOL/AFP / Thomas SAMSON Edouard Philippe présente sa réforme des retraites le 11 décembre 2019 à Paris

Fin des régimes spéciaux, âge d’équilibre à 64 ans, entrée dans le système à partir de la génération née en 1975: le Premier ministre a détaillé mercredi son projet de réforme des retraites, faisant immédiatement basculer le camp syndical réformiste, CFDT en tête, dans la mobilisation, au 7e jour d’une grève amenée à se renforcer.

« Il n’y aura ni vainqueur ni vaincu » avec la réforme, a affirmé Édouard Philippe devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese).

Mais sitôt le plan dévoilé, la fronde syndicale a gagné une recrue de poids: la « ligne rouge est franchie », a tonné, courroucé, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, hostile à l’allongement de la durée de cotisation via la mise en place d’un « âge d’équilibre ».

« Ma porte est ouverte, ma main est tendue », lui a répondu Édouard Philippe au Sénat.

« Je suis ferme sur le principe (…) d’un système qui concernera tout le monde », mais « je ne suis pas fermé et j’ai indiqué à l’ensemble des organisations (patronales) et syndicales qu’il y avait toute une série de points sur lesquels nous pouvions améliorer la réforme », a-t-il abondé quelques heures plus tard sur TF1.

AFP /Les principaux points de la réforme des retraites

Pas de quoi atténuer la colère du premier syndicat français: à l’issue d’un bureau national, la CFDT a appelé « l’ensemble des travailleurs à se mobiliser le 17 décembre », date prévue par les opposants à la réforme pour la prochaine mobilisation. Sur le plateau de France 2, Laurent Berger a demandé au gouvernement de « revenir en arrière » sur « l’âge d’équilibre », qu’il a qualifié de « gros problème ».

La CFTC a aussi appelé à se mobiliser mardi prochain.

Le 17 décembre, « il n’y aura que le Medef qui ne sera pas en grève », a commenté, ironique, le numéro un de la CGT Philippe Martinez.

Selon le projet du gouvernement, l’âge légal restera à 62 ans, avec « un âge d’équilibre » progressivement amené à 64 ans et « un système de bonus-malus ».

Comme la CFDT, l’Unsa a dénoncé une « ligne rouge ».

« Que ça réagisse, on le savait. Mais est-ce qu’on pouvait décemment présenter quelque chose sans parler d’équilibre financier ? », a commenté un membre du gouvernement.

Retraite minimum garantie à 1.000 euros et « 85% du SMIC dans la durée », possibilité de partir deux ans plus tôt pour les personnes exerçant des métiers usants, niveau de pension des enseignants « sanctuarisé », majoration de 5% dès le premier enfant figurent parmi les mesures présentées. Avec le fait que les Français nés avant 1975 « ne seront pas concernés par la réforme » et que la génération « qui aura 18 ans en 2022 » sera « la première à intégrer le système universel ».

Les partenaires sociaux fixeront la valeur du point « sous le contrôle du Parlement », a assuré le Premier ministre. « La loi prévoira une règle d’or pour que la valeur du point acquis ne puisse pas baisser », avec une indexation sur les salaires.

« Renforcer la grève »

La disparition des régimes spéciaux est confirmée mais, « pour les fonctionnaires et les agents des régimes spéciaux dont l’âge légal » de départ est de 52 ans, en particulier les conducteurs de la SNCF et de la RATP, la réforme s’appliquera à partir de la génération 85, a précisé Matignon.

Pour le Premier ministre, « les garanties données » justifient que la grève « s’arrête ».

AFP / Philippe LOPEZ Des cheminots écoutent le discours du Premier ministre sur la réforme des retraites, le 11 décembre 2019

C’est au contraire à « renforcer la grève » qu’a appelé Laurent Brun, le secrétaire général de la CGT-Cheminots, premier syndicat de la SNCF, tandis que Bruno Poncet (SUD-Rail) « pense qu’on va dans le mur, que ça va durcir le mouvement ». A la RATP, l’Unsa (1er syndicat) a appelé à « installer la mobilisation dans la durée ».

Les prévisions de trafic pour jeudi sont quasi inchangées par rapport à mercredi: un TGV et un Transilien sur 4 à la SNCF, 10 lignes du métro parisien fermées.

Et le mécontentement déborde largement le secteur des transports: le Conseil des barreaux votera des actions ce vendredi, et les principaux syndicats policiers menacent de « durcir » leur mobilisation. Les syndicats d’enseignants de la FSU ont appelé à la reconduction de leur mobilisation.

Le gouvernement « s’est moqué du monde », juge Philippe Martinez (CGT). FO appelle à « renforcer la mobilisation ».

« Je reste dans le camp des opposants », a déclaré de son côté François Hommeril (CFE-CGC), dénonçant une réforme « de plus en plus dangereuse ».

Côté politique, l’opposition de gauche comme de droite a rejeté la réforme, « injuste » pour Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Yannick Jadot (EELV), « régressive » pour Olivier Faure (PS). A droite, Guillaume Peltier (LR) a dénoncé « un enfumage », Marine Le Pen (RN) une réforme « terrible ».

Le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a au contraire salué « un bon équilibre entre une réforme qui est redistributive » et le fait qu' »il faut, quand c’est possible, qu’on travaille plus longtemps ».

Le projet de loi gouvernemental sera prêt « à la fin de l’année », soumis au Conseil des ministres le 22 janvier et discuté au Parlement fin février.

#Retraites

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©Darius Fawkes pour WPA – TVPC et Journalisme 2.0 – le 11 décembre 2019 à 22:12
source: AFP

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