Retraites: Delevoye démissionne, situation bloquée quelques jours avant Noël.

AFP / Bertrand GUAY Des usagers attendent leur train, gare Saint-Lazare, le 16 décembre 2019

Coup dur pour le gouvernement: le haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye, fragilisé par des révélations sur des mandats non déclarés, a démissionné lundi à la veille d’une nouvelle journée de grèves et de manifestations, sans l’ébauche d’une sortie de crise à quelques jours de Noël.

Nommé par Emmanuel Macron en septembre 2017 pour préparer la réforme des retraites, M. Delevoye a considéré que la « confiance » était « fragilisée sous les coups d’attaques violentes et d’amalgames mensongers » et qu’à travers son « procès », on « veut porter atteinte » à un projet « essentiel pour la France ».

Il sera remplacé « dans les plus brefs délais », a précisé l’Élysée, qui a accepté « avec regret » sa démission.

M. Delevoye a reconnu avoir omis de déclarer sa fonction d’administrateur bénévole dans un institut de formation de l’assurance, l’Ifpass, et a rectifié ce weekend sa déclaration d’intérêts en déclarant 13 mandats, dont 11 bénévoles, soit dix de plus que dans la version initiale.

Il a aussi cumulé sa fonction gouvernementale avec celle, rémunérée, de président de Parallaxe, un institut de réflexion sur l’éducation, cumul déclaré mais pas autorisé. Il s’était engagé à rembourser les sommes perçues.

Si la majorité a salué le « courage » de Jean-Paul Delevoye, la gauche et les syndicats opposés au régime universel par points comme la CGT ou FO ont réclamé que le projet de réforme parte avec son rédacteur.

AFP/Archives / DOMINIQUE FAGET Jean-Paul Delevoye le 10 décembre 2019 à Paris

Certains ont cependant relativisé l’impact de cette démission, comme le responsable de l’Unsa, Laurent Escure, pour qui « les arbitrages et le dialogue se font (désormais) avec l’Elysée et Matignon ».

Ce coup de théâtre intervient à la veille de la troisième journée interprofessionnelle de mobilisation mardi, après celles des 5 et 10 décembre, à laquelle participeront cette fois l’ensemble des syndicats.

AFP / Bertrand GUAY Des voyageurs sur un quai de la gare Saint-Lazare à Paris, le 16 décembre 2019

Le Premier ministre les recevra, ainsi que le patronat, lors de réunions bilatérales mercredi. Jeudi, toutes ces organisations seront réunies en multilatérale par Edouard Philippe, qui verra ensuite les dirigeants de la SNCF et de la RATP pour faire le point sur le résultat des discussions engagées dans ces entreprises.

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L’âge d’équilibre en jeu

Les organisations réformistes, comme la CFDT, la CFTC ou l’Unsa, sont furieuses que le Premier ministre ait maintenu une mesure « d’âge d’équilibre » dans son projet de transformation des 42 régimes de retraite existants en un système universel par points.

La fixation d’un « âge d’équilibre », de 64 ans en 2027, signifie que chacun pourra continuer à partir à la retraite à 62 ans, mais au prix d’un malus sur sa pension, ceux partant après bénéficiant au contraire d’un bonus. Il s’agit d’encourager l’allongement des cotisations pour maintenir l’équilibre financier.

Sur cette mesure, « le gouvernement fait une profonde erreur en termes de justice sociale et aussi une profonde erreur politique s’il persiste », a insisté Laurent Berger.

Favorable à une retraite universelle par points, la CFDT ne sera pas dans la tête du cortège parisien, entre République et Nation. Elle refuse de défiler au côté de l’intersyndicale (CGT, FO, CFE-CGC, Solidaires, FSU) dont elle ne partage pas le mot d’ordre de retrait.

AFP /Paris : prévisions du trafic RATP

Cette intersyndicale a prévu de se retrouver mardi soir pour décider de la suite.

Outre les cheminots, les enseignants, les fonctionnaires, les avocats et magistrats, les internes, médecins et soignants seront mobilisés dans toute la France pour réclamer davantage de moyens pour l’hôpital.

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Combien de trains à Noël ?

AFP / Martin BUREAU Des voyageurs sur un quai de la station de métro Châtelet à Paris le 16 décembre 2019

La SNCF présentera également mardi son plan de transport pour les départs pour le premier weekend des vacances « avec l’objectif d’avoir une offre de train pour tous ceux qui ont d’ores et déjà acheté un billet » selon la ministre des Transports Elisabeth Borne.

Comme prévu, la région parisienne a vécu une nouvelle journée noire lundi sur les routes (avec un pic à plus de 600 km peu avant 9H00) et dans les transports publics.

La situation ne sera pas meilleure mardi, voire pire du fait de la manifestation.

La SNCF a annoncé un trafic à nouveau « très perturbé » avec un TGV sur quatre et un Transilien (RER SNCF, trains de la banlieue parisienne) sur cinq « en moyenne ». Il y aura trois liaisons TER sur dix, « essentiellement » assurées par autocars. Seulement 5% des trains Intercités circuleront.

Le trafic RATP sera de nouveau « très perturbé » mardi avec huit lignes de métro fermées. Les RER A et B circuleront « uniquement » aux heures de pointe. Côté bus et tramways, le trafic sera « perturbé ».

AFP / Dominique FAGET Parisiens marchant et faisant du vélo au 12e jour de grève le 16 décembre 2019

La Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a annoncé avoir demandé aux compagnies aériennes de réduire de 20% leur programme de vols au départ et à l’arrivée de l’aéroport d’Orly.

Face à ces difficultés, plusieurs universités ont décidé d’annuler ou de reporter les examens de fin d’année.

Au douzième jour de grève, commerçants et hôteliers-restaurateurs parisiens enregistrent des chutes d’activité de 25% à 60% par rapport à l’an dernier, selon leurs fédérations.

La Banque de France a cependant écarté un impact significatif des mobilisations sur la croissance. « Notre expérience historique est que ces mouvements pèsent finalement peu sur la croissance, avec plutôt un simple décalage de l’activité », a expliqué le gouverneur de la BdF François Villeroy de Galhau.

#retraites #Delevoye

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