Retraites: 16e jour d’une grève sans trêve avant Noël

AFP / Bertrand GUAY Avant l’ouverture de la station de métro Porte d’Orleans, à Paris le 20 décembre 2019

Au seuil d’un grand weekend de départs avant Noël, la France vit vendredi son 16e jour de grève dans les transports contre la réforme des retraites portée par Édouard Philippe, qui a affiché quelques « avancées » pour arracher une trêve d’ores et déjà compromise.

La situation à la SNCF s’est un peu améliorée avec la moitié des TGV et un Transilien sur quatre « en moyenne » en circulation. Le taux de grévistes est tombé à 9,5%, mais plus de la moitié (58,3%) des conducteurs étaient encore grévistes, selon la direction.

A la RATP, six lignes de métro restaient fermées.

Pour les jours suivants, 59% des TGV et Intercités programmés les 23 et 24 décembre sont supprimés, et la moitié des voyageurs ayant réservé devront échanger leur billet.

La SNCF a essuyé des critiques vendredi pour avoir supprimé le service Junior et compagnie, qui prend en charge les enfants de 4 à 14 ans.

« Pour tenir les promesses des ministres (…) on a dégagé les enfants (non accompagnés, ndlr) pour assurer de la place pour les adultes, qui d’ailleurs paient leurs billets beaucoup plus cher », a réagi Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT. Un « scandale » pour Xavier Bertrand, le président du conseil régional des Hauts-de-France.

« Les personnels en charge de l’accompagnement des enfants ne sont pas en grève mais une partie de nos agents l’est et ils sont indispensables à la qualité du service Junior et Cie », a réagi le groupe ferroviaire, expliquant vouloir que « les enfants ne courent aucun risque ».

AFP / Maryam EL HAMOUCHI Retraites : taux de grévistes à la SNCF

Une trêve complète pour les fêtes paraît hors de portée. La CGT-Cheminots et SUD-Rail, 1ère et 3e à la SNCF, ont décidé de continuer.

Et si le bureau de l’Unsa ferroviaire, 2e syndicat de la compagnie, a invité à « une pause pour les vacances », plusieurs de ses unions régionales et locales ne sont pas sur cette ligne.

Les regards sont tournés vers la CFDT-Cheminots, 3e chez les conducteurs, qui doit se positionner vendredi.

A la RATP, l’Unsa (1er syndicat) préfère laisser les assemblées générales, « souveraines, se positionner ». Les deux autres syndicats représentatifs, CGT (2e) et CFE-CGC (3e), ont eux appelé à poursuivre.

– ‘S’arc-bouter sur l’âge pivot’ –

Le Premier ministre a de son côté « appelé à la responsabilité de chacun » pour que les Français puissent circuler pendant les fêtes.

Édouard Philippe « n’a pas, lui, décrété la trêve puisqu’il maintient son projet », a critiqué Philippe Martinez, estimant que « le gouvernement jette de l’huile sur le feu » avec une « communication » qui « met les cheminots en porte-à-faux ».

Prise en compte « plus généreuse » de la pénibilité, main tendue sur la retraite progressive pour les fonctionnaires, « améliorations » concernant le minimum de pension, « marges de manoeuvre » pour parvenir à l’équilibre financier, progressivité de la réforme des régimes spéciaux… Après deux jours de rencontres avec syndicats et patronat, Édouard Philippe a relevé jeudi soir des « avancées concrètes », et promis de nouvelles réunions début janvier sur le projet, qui doit être transmis au Conseil d’État avant Noël et présenté en Conseil des ministres le 22 janvier.

AFP/Archives / Bertrand GUAY Photo prise pendant la grève des agents SNCF, Gare de Lyon à Paris, le 12 novembre 2019

Mais même pour les syndicats favorables à la réforme, le compte n’y est pas. La CFDT, a rappelé son numéro un Laurent Berger, reste « fermement opposée » à l' »âge d’équilibre » assorti d’un bonus-malus que le gouvernement veut introduire dès 2022 et fixé à 64 ans en 2027 pour inciter chacun à travailler plus longtemps et assainir les comptes. Le député Cédric Villani, candidat LREM dissident à la mairie de Paris, a jugé qu’il ne fallait « pas s’arc-bouter sur l’âge-pivot » et qu’il fallait « écouter la CFDT ».

POOL/AFP / MARTIN BUREAU Agnès Buzyn, Edouard Philippe et Laurent Pietraszewski le 19 décembre 2019 à Matignon

L’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires et quatre organisations de jeunesse appellent à une nouvelle « puissante » journée de grèves et de manifestations interprofessionnelles le 9 janvier.

D’ici là, des actions se poursuivaient, comme à la gare routière de Tarbes, où des manifestants ont interpellé les passagers sur la réforme des retraites. « Il faut maintenir la mobilisation de manière à bien montrer à ce gouvernement qu’on ne lâchera pas tant que le retrait ne sera pas obtenu », a dit José Navarro, délégué CGT des Hautes-Pyrénées.

Emmanuel Macron « doit prendre la parole pour dire +on fait pause, on appuie sur le bouton stop, on revient autour de la table sans préalables+ », a estimé Yves Veyrier, numéro un de FO.

Avec cette réforme, « le pouvoir fait rentrer le monstre par une porte dérobée » et va rendre « nécessaire » le recours aux régimes complémentaires par capitalisation, a dénoncé dans Les Échos François Hommeril, président de la CFE-CGC qui se situe dans le camp des opposants.

La bataille de l’opinion reste indécise entre le gouvernement et les grévistes. C’est surtout le projet d’instaurer un âge pivot qui cristallise les mécontentements, avec 55% d’opposition selon un sondage Harris interactive pour RTL et l’agence AEF.

Selon ce sondage, 62% des Français soutiennent le mouvement mais 68% souhaitent aussi une trêve à Noël.

Pour aider les commerçants et artisans impactés par la grève, la mairie de Paris a débloqué une aide de 2,5 millions d’euros.

#Retraites

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©Darius Fawkes pour WPA – TVPC et Journalisme 2.0 – le 20 décembre 2019 à 18:50
Source: AFP

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