Retraites: le gouvernement précise sa réforme, réunions sur le financement à Matignon

POOL/AFP/Archives / MARTIN BUREAU Edouard Philippe le 19 décembre à Paris

Confronté à cinq semaines de grève, le gouvernement a dévoilé les projets de loi portant sa réforme des retraites, qui comporte l’âge pivot tant décrié, au seuil de réunions avec syndicats et patronat vendredi à Matignon sur le financement du système.

Pressé de dévoiler ses cartes pour sortir d’un conflit social interminable, l’exécutif a transmis tard jeudi soir aux partenaires sociaux les deux projets de loi – l’un organique, l’autre ordinaire – qui seront présentés en Conseil des ministres le 24 janvier.

Ces textes, adressés jeudi soir aux caisses de Sécurité sociale et dont l’AFP a obtenu copie, gravent dans le marbre de la loi une règle « obligeant » à prévoir l’équilibre financier du futur système « universel » de retraite par points, mais aussi l' »âge d’équilibre » unanimement rejeté par les syndicats, y compris la CFDT et l’Unsa.

Cet âge pivot sera instauré dès 2022, à moins d’une « délibération » différente avant septembre 2021 entre partenaires sociaux siégeant au sein de la future caisse nationale de retraite universelle, qui sera créée le 1er décembre 2020.

L’Etat s’engage aussi, comme l’avait promis le gouvernement, à revaloriser les traitements des enseignants et des chercheurs, que la réforme des retraites pourrait pénaliser.

Pour tenter de sortir de l’impasse, le Premier ministre Edouard Philippe reçoit à Matignon, depuis 8H30, les organisations syndicales et patronales à tour de rôle afin de discuter de l’équilibre du système.

L’exécutif répond ainsi à l’idée de « conférence de financement » suggérée par la CFDT. Le premier syndicat de France est favorable au principe d’un régime « universel » par points mais braqué sur l’âge pivot que le gouvernement veut fixer en 2027 à 64 ans et assortir d’un bonus-malus, afin d’inciter les Français à travailler plus longtemps.

– Proche du compromis ? –

Or l’âge d’équilibre est mentionné au moins 39 fois dans le projet de loi ordinaire.

« Je ne sais pas si on va (devoir) le dire 39 fois mais il faudra qu’il soit retiré », a ironisé à son arrivée à Matignon Laurent Escure (Unsa).

A la sortie de la rencontre, M. Escure a espéré son retrait « dans les prochaines heures », a-t-il déclaré aux journalistes sur place.

« Si on disait non (à un âge pivot), il n’y aurait qu’une seule solution: refiler la patate chaude aux générations montantes en augmentant les cotisations », a toutefois nuancé François Asselin, président de la CPME.

De son côté, le gouvernement « est prêt à faire évoluer le texte », a redit vendredi la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne sur Franceinfo. « On n’a jamais été aussi proche d’un compromis », a estimé sur RFI le secrétaire d’Etat Adrien Taquet, martelant que « la question du financement doit être réglée ».

Les mesures contenues dans les deux textes de loi ne sont pas de nature à amadouer les syndicats qui exigent le retrait pur et simple de la réforme, CGT et FO en tête.

Ils ont rassemblé jeudi 452.000 manifestants dans toute la France, selon le ministère de l’Intérieur, dont 56.000 dans la capitale.

Une mobilisation supérieure à celle du 10 décembre, mais en deçà de celles du 17 et surtout du 5 décembre, au premier jour du mouvement, d’après les autorités.

Mais l’intersyndicale a peiné jeudi soir à donner une suite à son mouvement. Après plus de quatre heures de réunion, elle a exprimé le souhait de faire de mardi 14 janvier une « journée de grève et de convergence interprofessionnelle », et annoncé des « initiatives déclinées sous toutes les formes » mercredi 15 et jeudi 16, en espérant des « manifestations massives » auparavant, samedi 11.

AFP / Lionel BONAVENTURE Laurent Berger arrive au ministère du Travail pour les consultations le 7 janvier 2020 à Paris

– Blocages à Nantes et Marseille –

AFP /Durée des grèves

Plusieurs professions resteront mobilisées vendredi, notamment à travers des blocages annoncés de raffineries et dépôts pétroliers.

Le trafic ferroviaire était encore une fois perturbé vendredi, au 37e jour de la plus longue grève de l’histoire de la SNCF.

60% de TER et 80% de TGV circulaient comme annoncé et en région parisienne un RER A et B sur deux en moyenne étaient sur les rails. Du côté des Transilien, environ trois trains sur cinq étaient en circulation.

A Marseille, le trafic des trains était totalement interrompu en gare Saint-Charles, où une centaine de manifestants grévistes était descendue sur les voies. A Nantes, trois dépôts de bus et tramways étaient bloqués, perturbant significativement le réseau.

A la RATP, le service de métro était également très perturbé, la plupart des lignes étant ouvertes partiellement ou seulement aux heures de pointe.

#Retraites

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©Darius Fawkes pour WPA – TVPC – le 10 janvier 2020 à 11:35
Source: AFP

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