Retraites: après l’esquisse de compromis du weekend, une sortie de crise incertaine

AFP / Ludovic Marin Le leader de la CGT Philippe Martinez au dépôt de bus RATP de Vitry-sur-Seine, près de Paris, le 13 janvier 2020

Après son offre de compromis aux syndicats modérés, le gouvernement continue de tenter de désamorcer le conflit sur les retraites, en rencontrant lundi avocats et enseignants avant de nouvelles mobilisations dans la semaine contre son projet de régime par points.

« On est loin d’être à la fin de l’histoire (…) et il va falloir continuer à peser », a prévenu lundi le numéro un de la CFDT, reconnaissant qu’il n’avait « pas la solution de la sortie de crise », au 40e jour de grève dans les transports.

Laurent Berger avait salué comme une « victoire » dimanche le retrait annoncé la veille par le Premier ministre Édouard Philippe de la mesure de court terme d’âge pivot devant atteindre 64 ans en 2027, avec un malus pour ceux qui partiraient plus tôt.

Mais le gouvernement l’a assorti de l’obligation, à travers une conférence de financement, de trouver avant fin avril des solutions alternatives pour que le régime soit à l’équilibre en 2027, et a confirmé que le futur système universel comporterait un âge d’équilibre, autrement dit un âge pivot, modulable selon les carrières.

Alors que le gouvernement ne souhaite ni baisse des pensions ni « hausse du coût du travail », sa porte-parole, Sibeth Ndiaye, a estimé qu' »on peut réfléchir à un fléchage différent des recettes » et « mobiliser ponctuellement les fonds de réserve ».

AFP / Bertrand GUAY Des enseignants mobilisés contre la réforme des retraites, à Paris le 11 janvier 2020

– « Coup de force » –

Mais la marge de manœuvre laissée aux partenaires sociaux est étroite, et le spectre de la négociation avortée de l’assurance chômage est dans toutes les têtes: faute d’accord entre partenaires sociaux, le gouvernement avait changé les règles au grand dam des syndicats.

AFP /Durée des grèves

Le leader de la CGT, Philippe Martinez, s’est d’ailleurs interrogé dès dimanche sur l’utilité de participer à la conférence de financement: « Qu’est-ce qu’on va aller faire dans une conférence où on ne va pas discuter de tout? »

Lundi midi, le dirigeant cégétiste, le chef de file de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon et le patron du PCF Fabien Roussel se sont retrouvés sur un piquet de grève au dépôt de bus RATP de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Jean-Luc Mélenchon y a brocardé « le coup de force et l’attentat contre la démocratie sociale » perpétrés selon lui par le gouvernement, notamment parce que les députés comme lui vont devoir « voter un texte de loi avec des trous ».

Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a prédit que l’âge pivot « reviendrait » à l’issue de la « conférence de financement ».

Les assemblées générales de ce début de semaine devaient donner une indication sur la poursuite du mouvement à la SNCF et à la RATP, qui pourrait être actée jusqu’à vendredi, mais plus compliquée ensuite. L’attitude des fédérations de l’Unsa et de la CFDT, grévistes en dépit de l’appui de leurs centrales à la réforme à points, sera scrutée de près.

« Tous ceux qui incitent (les grévistes) à poursuivre la grève les envoient peut-être dans une impasse (…), je pense qu’ils devraient prendre leurs responsabilités », a exhorté dimanche Édouard Philippe. Lundi, le taux de grévistes mesuré à la SNCF était au plus bas depuis le 5 décembre, à 4,3%, avec moins d’un conducteur sur quatre (22,5%) concerné.

Les manifestations de jeudi seront un test, alors que l’affluence décroit: samedi, les manifestants étaient 149.000 selon le ministère de l’Intérieur, 500.000 d’après la CGT, soit un tiers de la participation de jeudi 9 janvier.

AFP / Bertrand GUAY Dans le cortège de la manifestation du 11 janvier 2020 à Paris contre la réforme des retraites

En attendant, le trafic était encore perturbé lundi dans la capitale, même si toutes les lignes de métro étaient ouvertes, au moins partiellement. La SNCF faisait circuler 8 TGV sur 10 en France, 7 TER sur 10 et 7 Transilien sur 10.

La CGT a appelé à « poursuivre le combat » par une nouvelle opération « ports morts » mardi. Elle a aussi appelé à bloquer les deux plus gros centres fiduciaires du pays mais il n’y a « aucun risque de pénurie » de billets à craindre, a assuré la Banque de France.

AFP / PHILIPPE DESMAZES Manifestation des avocats du barreau de Lyon, le 13 janvier 2020

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, et le secrétaire d’État chargé des Retraites, Laurent Pietraszewski, ont rencontré les représentants des avocats, appelés à poursuivre leur mobilisation toute la semaine. Le mouvement a eu pour conséquence notable la suspension jusqu’à mardi du procès à Lyon de l’ex-prêtre Bernard Preynat, poursuivi pour agressions sexuelles.

Mardi, Muriel Pénicaud recevra les partenaires sociaux pour discuter pénibilité et emploi des seniors. Deux thèmes sur lesquels la ministre du Travail souhaite dégager de « grandes orientations » avant la présentation du projet en Conseil des ministres le 24 janvier.

A Rouen, selon la CGT, 300 personnes ont bloqué un boulevard au niveau du rectorat: parmi les manifestants figuraient une majorité d’enseignants, alors que s’ouvrent dans l’après-midi au ministère de l’Education des négociations qui doivent déboucher sur une loi de programmation des revalorisations salariales promises.

#greves #retraites

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©Darius Fawkes pour WPA – TVPC – le 13 janvier 2020 à 20:50
Source: AFP

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