Virus en Chine: pic de décès, évacuation imminente de Français – 7.000 personnes bloquées en Italie sur un navire de croisière.

AFP / Noel Celis Des policiers, munis de masques protecteurs, patrouillent autour de la gare de Pékin, le 30 janvier 2020

Le bilan de l’épidémie de pneumonie virale s’est alourdi à 170 morts jeudi en Chine, après un bond sans précédent du nombre quotidien de décès, et la France s’apprête, dans le sillage des Américains et des Japonais, à évacuer ses ressortissants de Wuhan, ville coupée du monde depuis une semaine.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a appelé le « monde entier à agir », se réunit jeudi pour déterminer si l’épidémie constitue « une urgence de santé publique de portée internationale ».

Les autorités chinoises ont fait état jeudi de 38 décès durant les 24 heures précédentes, plus forte progression quotidienne depuis le début de l’épidémie en décembre, portant le bilan à 170 morts.

Le nombre de patients contaminés a grimpé à environ 7.700 en Chine continentale (hors Hong Kong), dépassant désormais largement celui (5.327) de personnes infectées par le Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003.

Wuhan, métropole du centre de la Chine d’où est partie l’épidémie, est coupée du monde depuis une semaine, comme la quasi-totalité de la province environnante du Hubei.

Alors que ce cordon sanitaire imposé le 23 février interdit à quelque 56 millions d’habitants de quitter la région, les Etats-Unis et le Japon ont évacué mercredi une partie de leurs ressortissants. Un deuxième avion américain est attendu dans les prochains jours.

C’est à présent au tour de Paris: un premier avion français est parti dans la nuit de mercredi à jeudi à destination de Wuhan, selon des sources concordantes.

Selon une source proche du dossier, l’avion devrait revenir vendredi avec 250 personnes mais l’aéroport d’arrivée, l’horaire et le lieu de la quarantaine de 14 jours ne sont pas encore définis et évolueront « en fonction de la situation sur place ».

Un second vol est prévu « plus tard dans la semaine », selon la Commission européenne, pour rapatrier d’autres Français et des ressortissants d’autres pays européens. Un A380 qui a décollé jeudi matin du Portugal devrait permettre de rapatrier quelque 350 Européens, dont des Français, a d’ailleurs déclaré à la télévision portugaise le commandant grec de l’appareil, affrété selon les médias portugais par la France.

– « Dompteur de virus » –

Wuhan, où la circulation des véhicules non essentiels est interdite, gardait jeudi des allures de ville fantôme. Si les magasins et restaurants restaient quasi-tous fermés, on voyait toutefois dans les rues un peu plus de piétons que les jours précédents, selon des journalistes de l’AFP.

Certains expatriés français refusent de partir: « C’est un acte réfléchi (…) Mon travail ici consiste à aider les étrangers », a confié à l’AFP le docteur Philippe Klein, se qualifiant de « dompteur de virus » face à l’épidémie.

AFP / Noel Celis Un homme et un enfant masqués à Pékin, le 30 janvier 2020

D’autres pays planifient des opérations. L’Italie a annoncé l’envoi d’un avion jeudi, Berlin prévoit l’évacuation de quelque 90 Allemands « dans les prochains jours », le Canada comme la Nouvelle-Zélande veulent affréter des avions.

Londres a annoncé qu’un vol britannique prévu initialement jeudi avait reçu l’autorisation pour partir vendredi matin de Wuhan avec environ 200 Britanniques à son bord.

Des milliers d’autres étrangers piégés à Wuhan restent sans certitude de pouvoir partir. « J’ai l’impression qu’ils ne se soucient pas de nous. Je pourrais mourir de faim, je pourrais aussi être infectée et mourir », se désole Aphinya Thasripech, une Thaïlandaise trentenaire enceinte, alors que Bangkok n’a dévoilé aucun plan de rapatriement.

– Moscou ferme ses frontières –

AFP / John SAEKI Quelques faits sur les virus

Aucun des 195 Américains arrivés mercredi sur une base militaire californienne ne présente les symptômes du virus mais tous y resteront en quarantaine pendant 72 heures.

Parmi les 206 Japonais rapatriés mercredi, trois ont été contaminés, portant à 11 le nombre de cas recensés dans l’archipel. Tokyo n’a pas imposé de quarantaine à ses rapatriés.

Si l’essentiel des contaminations ont été détectées en Chine continentale, une quinzaine d’autres Etats sont touchés, avec plus de 80 cas confirmés au total dont cinq en France.

Signal inquiétant, des transmissions interhumaines ont été enregistrées hors de Chine, en Allemagne, au Japon et au Vietnam.

Les mesures de précaution internationales se durcissent: plusieurs compagnies aériennes, dont British Airways ou l’allemande Lufthansa, ont suspendu leurs vols vers la Chine continentale, où des pays comme le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Etats-Unis déconseillent tout voyage.

La Russie a annoncé qu’elle fermerait vendredi ses 4.250 km de frontière terrestre avec la Chine. Et en Italie, quelque 7.000 personnes étaient bloquées jeudi sur un navire de croisière à Civitavecchia, près de Rome, en raison de deux cas suspects du nouveau coronavirus.

AFP/Archives / NICOLAS ASFOURI Des Chinois, un masque de protection sur le visage, arrivent à la gare de Pékin pour prendre un train et rendre visite à leurs familles à l’occasion des congés du Nouvel An, le 21 janvier 2020 en Chine

– Saison de football reportée –

Dans toute la Chine, où les congés du Nouvel an lunaire sont prolongés jusqu’au 2 février, les habitants, effrayés, désertent centres commerciaux, cinémas et restaurants.

Des villages se barricadent derrière des barrages sauvages dans l’espoir d’échapper à l’épidémie, et les personnes originaires de Wuhan et sa région se heurtent partout à la suspicion.

AFP / STR Des membres d’une équipe médicale équipés de tenues de protection, dans l’hôpital de Zhongnan à Wuhan, en Chine, le 22 janvier 2020.

Pékin a ordonné jeudi aux agriculteurs et aux abattoirs d’augmenter leur production alors que l’épidémie perturbe les réseaux de distribution et que les prix des légumes s’envolent.

Après l’annulation de plusieurs compétitions sportives internationales, la Chine a reporté sa saison 2020 de football.

Au-delà du secteur aérien, l’épidémie pourrait peser sur l’économie mondiale, pénalisant constructeurs automobiles et sous-traitants de l’industrie électronique, alors que de nombreuses entreprises et usines chinoises resteront fermées jusqu’au 9 février au moins.

7.000 personnes bloquées en Italie sur un navire de croisière

Quelque 7.000 personnes, dont environ 6.000 passagers, sont bloquées depuis jeudi matin à Civitavecchia, près de Rome, sur un navire de croisière arrivé de Palma de Majorque, en raison de deux cas suspects du nouveau coronavirus.

« Nous avons été alertés au petit matin par le ministère de la Santé et avons envoyé trois médecins et une infirmière à bord pour effectuer des prélèvements », a indiqué à l’AFP une porte-parole de l’ASL (centre sanitaire) de Civitavecchia. Le porte-parole de Costa Croisières a confirmé à l’AFP « qu’il y a environ 6.000 passagers à bord », les autres étant des membres d’équipage.

AFP / Filippo MONTEFORTE Le navire de croisière Costa Smeralda dans le port de Civitavecchia, à 70 km au nord de Rome, le 30 janvier 2020 en Italie

« Mon fils et mes deux petits-enfants sont à bord et ils ne savaient absolument rien. C’est nous qui le leur avons dit vers 11H00 » (10H00 GMT), a déclaré à l’AFP-TV Adriano Pavan qui attendait dans le port.

« A bord tout est normal, il n’y a rien de préoccupant. Il (le fils, ndlr) nous a dit que depuis deux-trois jours ces Chinois, un couple, voyageaient avec des masques. A Rome, il y a des tonnes de gens qui se promènent avec des masques », a-t-il ajouté, assurant que les membres de sa famille à bord du navire sont « très tranquilles ».

Les échantillons vont être analysés à l’hôpital Spallanzani de Rome, spécialisé dans les maladies infectieuses, a précisé la porte-parole de l’ASL. Les résultats devraient être connus plus tard dans la journée.

Le médecin de bord du Costa Smeralda, le navire amiral –et l’un des cinq plus grands au monde– de Costa Croisières, a signalé tôt jeudi aux autorités portuaires italiennes la présence à bord d’un couple chinois dont l’épouse présentait des symptômes suspects de toux et forte fièvre.

Costa Croisières a confirmé dans un communiqué avoir « activé le protocole sanitaire pour un cas suspect, concernant une touriste de Macao, à bord du Costa Smeralda ». La femme, âgée de 54 ans, a été « placée à l’isolement » dans l’infirmerie de bord ainsi que son compagnon, selon Costa.

AFP / Filippo MONTEFORTE Le navire de croisière Costa Smeralda (g) dans le port de Civitavecchia, à 70 km au nord de Rome, le 30 janvier 2020 en Italie

Le couple est arrivé à Milan le 25 janvier en provenance de Hong Kong puis a embarqué à Savone (Italie) et aurait fait étape notamment à Barcelone, Valence (Espagne) et Marseille (France), selon les médias italiens.

Le Costa Smeralda est arrivé jeudi matin à Civitavecchia depuis Palma de Majorque (Espagne) « dans le cadre d’une croisière d’une semaine en Méditerranée occidentale », selon Costa.

Le navire aurait dû repartir jeudi soir pour La Spezia, sur la côte nord-ouest de l’Italie.

– « Pas de motifs de préoccupation » –

Selon un passager interrogé par l’agence italienne Ansa, « le couple a été mis à l’isolement dans sa cabine, avec l’assistance de médecins ».

« Nous sommes un peu inquiets bien sûr. Personne ne monte ni ne descend du bateau à part les médecins. Nos vacances risquent de se terminer en cauchemar », a indiqué le passager.

AFP / Filippo MONTEFORTE Le navire de croisière Costa Smeralda dans le port de Civitavecchia, à 70 km au nord de Rome, le 30 janvier 2020 en Italie

Selon Ansa, 751 touristes chinois se trouvent sur le navire y compris le couple.

Le responsable du port de Civitavecchia et commandant des garde-côtes de la région, Vincenzo Leone, a estimé que « la situation à bord est tranquille ».

« Nous attendons de connaître le résultat des contrôles encore en cours mais tout ce qui devait être fait l’a été », a-t-il ajouté, estimant qu’il « n’y a pas de motifs de préoccupation ».

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a dit aux médias italiens, depuis Sofia, qu’il se tenait « informé pour, au besoin, intensifier si nécessaire les mesures de prudence ».

Il a toutefois appelé « à ne pas diffuser d’alarmisme ni à alimenter de forme de panique » car les autorités italiennes « prennent toutes les initiatives nécessaires pour faire face aux risques liés au coronavirus ».

« Jusqu’à présent, tous les cas (suspects) analysés ont donné des résultats négatifs. Le système (sanitaire italien, ndlr) est prêt s’il y avait un quelconque cas de contagion au nouveau coronavirus », a souligné jeudi devant la presse Silvio Brusaferro, président de l’Institut supérieur de la santé.

#CORONAVIRUS

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©Darius Fawkes avec AFP pour WPA – TVPC – le 30 janvier 2020 à 17:20
Source: AFP

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