Afghanistan: l’armée américaine entame son retrait, décret en suspens sur un échange de prisonniers

AFP/Archives / WAKIL KOHSAR Des soldats afghans hissent le drapeau national près d’un Marine américain à la base militaire de Lashkar Gah, dans la province du Helmand, le 28 août 2017

Les bases sont situées à Lashkar Gah, la capitale de la province du Helmand (Sud), largement sous contrôle des insurgés, et dans la province d’Herat (Ouest), a précisé à l’AFP ce responsable américain sous couvert d’anonymat.

Selon le texte de l’accord, le nombre de soldats américains sur place doit passer de 12 ou 13.000 à 8.600 d’ici mi-juillet. Cinq de la vingtaine de bases américaines dans le pays doivent être évacuées.

Les forces américaines conservent « tous les moyens (…) pour atteindre (leurs) objectifs », avait toutefois déclaré lundi le colonel Sonny Leggett, porte-parole des forces américaines en Afghanistan.

Selon Omar Zwak, porte-parole du gouverneur du Helmand, seuls « 20 ou 30 » soldats étrangers ont toutefois quitté Lashkar Gah depuis le weekend.

Désireux de mettre fin à la plus longue guerre de leur histoire, les Etats-Unis se sont engagés dans l’accord de Doha au retrait total des forces étrangères d’Afghanistan sous 14 mois, si les talibans respectent des engagements sécuritaires.

AFP/Archives / WAKIL KOHSAR Un soldat américain tient le drapeau américain lors d’une cérémonie de passation au camp Leatherneck, le 28 avril 2017 dans la province afghane du Helmand

Les insurgés doivent aussi, selon ce texte, participer à des discussions sur le futur du pays avec une délégation incluant le gouvernement afghan, que les talibans n’ont jamais reconnu.

Mais ce dialogue inter-afghan, qui devait démarrer mardi mais sera selon toute vraisemblance repoussé, se heurte à un obstacle de taille. Le président Ashraf Ghani s’oppose depuis des jours à une des principales clauses négociées par les Américains et les rebelles : la libération de jusqu’à 5.000 prisonniers talibans en échange de celle de jusqu’à 1.000 membres des forces afghanes.

Lundi, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a toutefois annoncé qu’un décret statuerait mardi sur la libération des prisonniers insurgés et la formation d’une équipe nationale pour les négociations inter-afghanes. Mais à 22H00 locale (17H30 GMT), le gouvernement afghan n’avait toujours pas communiqué sa position sur le sujet.

– ‘Liste détaillée’ –

Les talibans ont fait de cet échange de prisonniers un prérequis à l’ouverture du dialogue avec Kaboul.

« Nous avons soumis au camp américain une liste détaillée des 5.000 personnes (prisonniers) », a écrit sur Twitter Suhail Shaheen, un porte-parole des talibans, ajoutant que les prisonniers devraient être remis au groupe qui procédera à une « vérification ».

« Ils devront être les personnes dont le nom figure sur la liste », a-t-il précisé mardi.

Un responsable taliban, interrogé par l’AFP, a de son côté accusé le gouvernement afghan de « prévoir de ne libérer que les prisonniers qui sont âgés, très malades, ou ceux dont la peine est arrivée à son terme ».

Kaboul apparaît plus que jamais désuni, alors qu’Ashraf Ghani, vainqueur de la présidentielle de septembre, et son principal rival Abdullah Abdullah, qui revendique également la victoire, se sont tous deux déclarés présidents d’Afghanistan lundi, plongeant le pays dans une crise institutionnelle.

Ces disputes font craindre qu’un gouvernement affaibli ne puisse faire face aux talibans, qui risquent de gagner en puissance avec le retrait progressif des forces américaines, notamment dans les parties du pays où les insurgés sont déjà très présents.

Le Helmand, où le retrait des troupes américaines a démarré, est notamment considéré comme un bastion des insurgés, où les troupes américaines et britanniques ont été particulièrement visées en 18 ans de conflit afghan.

Les talibans, qui considèrent l’accord comme une « victoire » contre les Etats-Unis, ont déjà commencé à mettre à l’épreuve la volonté de Washington de protéger ses partenaires afghans, avec des dizaines d’incidents recensées depuis la signature du texte à Doha.

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur Nasrat Rahimi a ainsi fait état de 32 attaques dans 32 des 34 provinces afghanes ces dernières 24 heures, qui ont tué deux civils et cinq membres des forces de sécurité et fait 28 blessés.

Le 3 mars, l’armée américaine s’était résolue à une première frappe aérienne contre les talibans depuis l’accord après qu’ils eurent attaqué à 43 reprises en une journée les forces afghanes dans le Helmand.

Plusieurs responsables afghanes ont de leur côté annoncé avoir saisi un camion chargé de dix tonnes de nitrate d’ammonium, un engrais généralement utilisé pour la confection d’engins explosifs, à la frontière avec le Pakistan.

©Darius Fawkes pour WPA – TVPC – VOXIVITAS le 10 mars 2020 à 19:24
Avec L’AFP

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