Covid-19 : Mobilisation générale en France pour la deuxième semaine de confinement.

Un premier malade a été admis, mardi, dans l’hôpital de campagne de l’armée à Mulhouse et une trentaine d’autres seront évacués mercredi par TGV pour soulager l’Alsace, région la plus frappée par le coronavirus, qui a fauché la première star internationale, le musicien Manu Dibango.

La France entame sa deuxième semaine d’un confinement appelé à durer « encore quelques semaines », selon le Premier ministre.

Le Conseil scientifique s’est réuni pour examiner de nouvelles mesures : Emmanuel Macron l’a rencontré mais ses conclusions n’ont pas encore été annoncées.

Le Covid-19 a tué 186 nouveaux malades lundi, portant le nombre de victimes à 860 en France depuis le début de l’épidémie et 2.082 patients étaient lundi soir en réanimation.

Pour décongestionner les établissements de la région Grand Est dont celui de Mulhouse, l’hôpital de campagne a ouvert ses portes, susceptible d’accueillir trente patients en réanimation, a précisé la ministre des Armées, Florence Parly.

Un « TGV médicalisé », une première en Europe, sera mobilisé mercredi pour la première fois afin d’évacuer 30 patients depuis Strasbourg et Mulhouse vers des régions moins touchées par l’épidémie, a annoncé de son côté le ministre de la Santé Olivier Véran devant les députés.

Dans l’Est, ce sont vingt résidents d’un Ehpad de Cornimont (Vosges) qui sont morts « en lien possible avec le Covid-19 », selon les autorités régionales, et sept autres dans un Ehpad de Haute-Savoie.

– 1 km, 1 heure –

Parmi les décès de plus en plus nombreux liés au Covid-19, celui du saxophoniste et star de l’afro-jazz Manu Dibango, mort en région parisienne.

« Beaucoup de nos concitoyens aimeraient retrouver le temps d’avant, (…) mais il n’est pas pour demain », a prévenu lundi soir Edouard Philippe en annonçant un durcissement des mesures de confinement: « Sortir pour promener ses enfants ou faire du sport, c’est dans un rayon de 1 km de chez soi, maximum pour une heure, tout seul et une fois par jour », a notamment précisé le chef du gouvernement.

AFP/Archives / Sia KAMBOUManu Dibango le 29 juin 2018 lors d’un concert à Abidjan

Des dizaines de milliers d’infractions ont été constatées et les sanctions ont été durcies pour ceux ne respectant pas ces consignes. Les 135 euros d’amende forfaitaire passent à 1.500 euros en cas de récidive « dans les 15 jours » pourront monter jusqu’à « 3.700 euros d’amende et six mois de prison ».

Le président de la République s’oppose toutefois à un confinement total, comme le souhaiteraient certains.

« Je pense comme de nombreux collègues que ça ne suffit pas », a lancé la cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine à Paris, Karine Lacombe, mardi sur France Inter. Il faut selon elle « passer à une échelle supérieure de confinement. Tant qu’on n’aura pas de mesures coercitives, on aura du mal à faire intégrer à la population que le confinement est essentiel ».

Les maires de plus d’une trentaine de villes ont par ailleurs mis en place un couvre-feu, comme Nice, Mulhouse ou Perpignan.

AFP /Evolution du nombre de cas de Covid-19 en France, au 23 mars

Mais aussi, plusieurs centaines de migrants qui vivaient dans un campement insalubre de la banlieue parisienne, à Aubervilliers, ont été mis à l’abri mardi matin dans des hôtels et des gymnases.

Des dizaines de youtubeurs ont appelé leurs fans à respecter le confinement, dans une vidéo baptisée #RestezChezVous.

– Aider les médecins –

AFP / RICHARD DUGOVICLe personnel soignant de l’hôpital de Compiègne (nord de Paris) rend hommage au docteur Jacques Razafindranazy, mort du Covid-19, le 23 mars 2020

« Fantassins » de première ligne dans la guerre contre l’épidémie, cinq médecins sont décédés des suites d’une contamination au coronavirus, dont quatre dans l’Est, après la mort d’un urgentiste de l’Oise.

De nombreuses initiatives ont fleuri pour aider les soignants comme les dons de masques de particuliers ou d’entreprises. Ils sont actuellement contingentés à 18 par semaine par praticien et infirmière libérale – nettement insuffisant pour le syndicat des généralistes MG France.

Des centaines d’hôtels privés d’activité vont par ailleurs accueillir des personnels soignants avec l’aide financière de l’État et les particuliers sont invités à leur proposer gratuitement des logements sur les plates-formes de location comme Airbnb.

POOL/AFP / SEBASTIEN BOZONInstallation de l’hôpital de campagne près de l’hôpital Emile Muller à Mulhouse, le 24 mars 2020

Difficile de prévoir la date du « pic » de l’épidémie qui risque de saturer le système de santé: l’infectiologue et ancien chef de service à la Pitié-Salpêtrière François Bricaire l’envisage d’ici « une huitaine de jours ».

Du côté des traitements, un essai clinique européen a démarré dimanche dans au moins sept pays pour quatre traitements expérimentaux.

– Nouveau comité –

Emmanuel Macron devait installer mardi après-midi un nouveau Comité d’analyse, recherche et expertise (Care), qui réunit 12 chercheurs et médecins, pour conseiller le gouvernement sur les traitements et les tests contre le coronavirus.

AFP/Archives / GERARD JULIENPlaquettes de chloroquine montrée par un membre du personnel soignant à l’IHU de Marseille, le 26 février 2020

A ce stade, la chloroquine, l’un de ces traitements testés qui fait débat, elle pourra être administrée aux malades souffrant de « formes graves » du coronavirus, mais pas pour des formes « moins sévères », a statué lundi le Haut conseil de santé publique.

La Bourse de Paris a relevé la tête mardi (+8,39%) après le plan de relance annoncé lundi par la Réserve fédérale américaine (Fed). Mais des géants du CAC 40 comme Total ou Vinci ont prévenu qu’ils ne parviendront pas à respecter leurs objectifs pour 2020.

Selon le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, sur franceinfo, le recours au chômage partiel concerne déjà 730.000 salariés « après seulement quelques jours » du nouveau dispositif mis en place pour un coût de 2,2 milliards d’euros.

Le gouvernement a établi une « liste » d’entreprises industrielles qui auront certainement besoin d’un soutien financier majeur de l’Etat, par exemple via une nationalisation.

Le ministre de l’Agriculture a appelé de son côté ceux qui « n’ont plus d’activité » en raison de la crise du coronavirus, « à rejoindre la grande armée de l’agriculture française », en quête de main-d’oeuvre.


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