Covid-19: l’Europe guette le pic de l’épidémie, les Etats-Unis en ordre de bataille

Le pic de la pandémie semblait se profiler lundi dans une Europe meurtrie par le nouveau coronavirus qui, malgré le confinement de près de la moitié de l’humanité, a poursuivi sa progression, notamment aux Etats-Unis où l’heure est à la mobilisation générale.

Symbole des efforts entrepris, un navire-hôpital de mille lits est arrivé à New York pour désengorger les hôpitaux de la mégalopole, où des hôpitaux provisoires ont aussi été érigés dans un centre de conférences ou sous des tentes montées en plein Central Park.

Près de 37.000 morts dans le monde, dont un bébé, le cap des 11.000 morts franchis en Italie, 812 nouveaux décès en 24 heures en Espagne et 418, un record, en France: le macabre bilan de l’épidémie a continué à s’alourdir.

Deuxième pays le plus touché au monde avec 7.340 décès, l’Espagne connaît pourtant un ralentissement continu du nombre de morts, laissant penser que le pic de l’épidémie est proche.

En attendant, la vigilance reste de mise et les autorités ibériques ont interdit les cérémonies funéraires et limité à trois le nombre de participants à un enterrement.

Soulignant la « férocité étonnante » avec laquelle le virus a frappé l’Europe, le Fonds monétaire international a estimé lundi qu’une « profonde récession » en 2020 sur le Vieux continent était « un fait acquis ». Locomotive de l’Europe, l’économie allemande pourrait se contracter de 2,8% en 2020, selon le scénario retenu par le Comité des sages économiques qui conseillent le gouvernement.

Alors que la ville de New York, épicentre de l’épidémie aux Etats-Unis, compte désormais plus de 36.000 cas et 790 morts, Wall Street a décidé d’être optimiste: la Bourse de New York a confirmé son rebond en hausse de 3,19% à la clôture.

De leur côté les marchés européens limitaient les pertes, voire repassaient carrément dans le vert comme Francfort et Paris, malgré une série de sombres prédictions.

– prier à domicile –

AFP / Valentine GRAVELEAUBilan mondial de la pandémie de nouveau coronavirus, au 30 mars à 11h GMT

Plus de 3,4 milliards de personnes étant astreintes à rester chez elles, soit 44% de la population mondiale, les transports sont au point mort, et la demande d’or noir aussi.

Lundi, le Brent a clôturé à 22,76 dollars, un niveau plus vu depuis plus de 17 ans tandis que le WTI a fait des incursions sous la barre des 20 dollars.

Mais la surabondance de l’offre, en pleine guerre des prix entre l’Arabie saoudite et la Russie, tire aussi les cours vers le bas. Donald Trump s’est d’ailleurs entretenu lundi à ce sujet, ainsi que sur la manière de juguler l’épidémie, avec son homologue russe Vladimir Poutine.

AFP / Apu GOMESUn hôpital de campagne à Indio, en Californie, le 29 mars 2020

Lequel a appelé les quelque 12,5 millions de Moscovites à « prendre au sérieux » le confinement qui leur est imposé depuis ce lundi.

La puissante Eglise orthodoxe a autorisé ses fidèles à prier à la maison. « Vous pouvez être sauvés sans aller à l’église », a déclaré son patriarche, Kirill.

Au Zimbabwe, où la police patrouillait massivement lundi dans les rues de la capitale Harare pour faire respecter l’ordre de confinement, des habitants se désolaient de l’arrêt brutal des moyens de transport, qui les empêche de se rendre à leur travail.

Or « je ne peux pas nourrir ma famille ici si je ne travaille pas », a témoigné Most Jawure.

– En attendant le pic –

AFP / PAU BARRENADes religieuses se recueillent dans une église à Barcelone, le 29 mars 2020

Partout où le Covid-19 fait des ravages, on guette fébrilement le pic du taux de mortalité, annonciateur d’un reflux et d’un désengorgement des services de réanimation.

En Italie, pays qui enregistre le record mondial de décès (11.500 pour 97.689 cas recensés), le confinement commence à produire des résultats encourageants après trois semaines.

« Nous pouvons espérer atteindre le pic dans sept ou dix jours, puis, raisonnablement, une décrue de la contagion », a déclaré lundi le vice-ministre italien de la Santé, Pierpaolo Sileri.

Pas question pour autant de relâcher les efforts: les autorités ont prolongé les mesures de confinement  » au moins jusqu’à Pâques », le 12 avril.

En France, où plus de 3.000 personnes ont succombé au virus à l’hôpital, dont un nombre record de 418 au cours des dernières 24 heures, les soignants sont au bout du rouleau.

« Ce matin, en me réveillant, je pleure. En déjeunant, je pleure. En me préparant, je pleure (…) Là, dans les vestiaires de l’hôpital, je sèche mes larmes. J’inspire. J’expire. Les gens dans les lits pleurent aussi et c’est à moi qu’il incombe de sécher leurs larmes », témoignait sur Facebook, Elise, infirmière à Besançon (est).

AFP / Luis AcostaLe paquebot Zaandam sur le canal de Panama le 29 mars 2020

Aux Etats-unis, qui recensent le plus grand nombre de cas confirmés (153.000 et plus de 2.800 morts), l’épidémie s’accélère dans la région de New York mais aussi en Louisiane, ou encore à Chicago et Detroit.

« Nous sommes encore très loin du pic et il nous reste beaucoup de travail avant d’aplanir la courbe », a reconnu le gouverneur de Louisiane Bel Edwards.

Pour protéger sa population, son collègue de Floride refuse pour l’heure de laisser débarquer un paquebot, le Zaandam, qui se trouve en mer des Caraïbes avec quatre morts et des dizaines de malades à bord.

– « loi coronavirus » –

AFP / ATTILA KISBENEDEKUn camion désinfecte les rues de Budapest, le 30 mars 2020

En Hongrie, l’opposition craint que la pandémie ne serve de prétexte au pouvoir pour réduire encore les libertés publiques. Le Premier ministre Viktor Orban a ainsi obtenu lundi le feu vert du Parlement pour légiférer par ordonnances dans le cadre d’un état d’urgence à durée indéterminée pour lutter contre le nouveau coronavirus.

« La loi coronavirus » prévoit ainsi que la diffusion de « fausses nouvelles » sur le virus ou les mesures du gouvernement ne soit punie de cinq ans de prison, alors que les rares médias indépendants du pays font régulièrement l’objet de telles accusations.

Même quand le pic sera dépassé, le retour à la normale n’est pas pour demain. Ainsi, le Mondial de l’Auto, le grand salon de l’automobile qui ne devait pourtant se tenir que début octobre à Paris, est annulé. Ses organisateurs ont expliqué ne pas pouvoir se permettre de le maintenir sachant que le secteur automobile « joue aujourd’hui sa survie ».

Quant aux Jeux olympiques de Tokyo 2020, ils se tiendront bien, mais pas avant le 23 juillet 2021, soit quasiment un an après la date initialement prévue, ont annoncé lundi les organisateurs.

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