Un ramadan confiné sous le signe du coronavirus


Après les Pâques chrétienne et juive, le ramadan, mois de jeûne et de prière, débute à son tour vendredi sous le signe du confinement pour des centaines de millions de musulmans dans le monde, privés de mosquées et de réjouissances familiales.

La pandémie a fait à ce jour plus de 186.000 morts, dont près des deux tiers en Europe, et bientôt 50.000 aux Etats-Unis, nouvelle ligne de front de la pandémie.

AFP / Laurence SAUBADUL’islam dans le monde

Malgré ce lourd bilan, l’Union européenne n’est pas parvenue à trouver jeudi un terrain d’entente sur un plan de relance. Les Etats-Unis, de leur côté, ont pris de nouvelles mesures pour affronter la récession sans précédent causée par cette crise sanitaire planétaire.

L’Arabie saoudite, qui abrite les deux premiers lieux saints de l’islam, ainsi que la plupart des pays arabes –dont la Syrie, l’Egypte, la Tunisie, la Jordanie et Bahreïn– ont annoncé le début vendredi du ramadan.

AFP / RODGER BOSCHDes fidèles musulmans prient aux premières heures du mois du Ramadan, le 23 avril 2020, à Cape Town

Un des piliers de l’islam, le mois de jeûne, durant lequel les croyants doivent notamment s’abstenir de manger et de boire du lever au coucher du soleil, est traditionnellement une période de partage, de rassemblements et de convivialité. C’est aussi un mois de prières et de piété religieuse au cours duquel les musulmans convergent en grand nombre dans les mosquées, surtout la nuit.

– « Pas se passer comme ça! » –

Coronavirus oblige, le repas de rupture du jeûne (iftar), après le coucher du soleil, se prendra donc seul à la maison, alors que c’est normalement l’occasion de se réunir autour de grandes tablées au sein de la famille élargie ou entre amis. La prière du soir, qu’il est de coutume d’aller faire à la mosquée après le repas, se fera également à domicile.

Au Moyen-Orient, en Afrique de Nord ou en Asie, une grande partie des pays musulmans ont fermé les mosquées et interdit les rassemblements nocturnes. Des restrictions soutenues, dans la plupart des cas, par les autorités religieuses. Et qui s’appliquent par ailleurs pleinement aux communautés musulmanes vivant en Europe, toujours en partie sous un strict confinement.

A Jérusalem, la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam, était ainsi déserte vendredi.

Saudi Royal Palace/AFP/Archives / Bandar AL-JALOUDLe roi Salmane d’Arabie saoudite, le 19 mars 2020 à Ryad

Le roi Salmane d’Arabie s’est dit « affligé que le mois sacré arrive dans des circonstances nous privant d’effectuer des prières telles que les tarawih (les prières nocturnes) dans les mosquées (…) ».

« Ce ramadan est très différent, il n’est simplement pas festif. (…) Le monde est désormais différent », regrette Fitria Famela, une femme au foyer en Indonésie, le plus grand pays musulman du monde.

Cette année, ce sera « ramadan en privé, loin des uns et des autres et loin des mosquées », résume un responsable albanais.

En Asie cependant, des dignitaires religieux ont refusé de respecter ces restrictions: au Bangladesh, au Pakistan, ou dans la région indonésienne conservatrice d’Aceh, où des milliers de fidèles ont assisté à la prière du soir jeudi dans la plus grande mosquée de la capitale, Banda Aceh.

AFP / Mohd RASFANLa mosquée nationale de Kuala Lumpur, le 24 avril 2020 est désertée par ses fidèles en ce premier jour du mois de Ramadan

Au Niger, l’arrivée du ramadan fait craindre une flambée de violences dans ce pays africain, après des émeutes ces derniers jours dans plusieurs villes contre le couvre-feu et l’interdiction des prières collectives. « On n’a pas pu faire les prières les vendredis et on veut en plus nous empêcher les prières durant le mois béni de ramadan? Ca ne va pas se passer comme ça! », se révolte Hadjia Aïssa, une ménagère d’un quartier populaire de la capitale Niamey.

– Pas de concensus européen –

Au fil des semaines, la pandémie planétaire continue de laminer les économies du monde entier, contraignant les autorités à essayer d’élaborer les plans de relance, avec parfois plus ou moins de succès.

Ainsi, après plus de quatre heures de sommet en visioconférence jeudi, les 27 dirigeants de l’UE ont échoué à s’entendre et n’ont fait que demander à la Commission européenne de formuler des propositions de relance à partir de mi-mai.

Palazzo Chigi press office/AFP / HandoutLe Premier ministre italien Giuseppe Conte, en visioconférence depuis Rome avec les dirigeants européens, le 23 avril 2020

« Il n’y a pas de consensus aujourd’hui » sur les solutions à apporter à la crise économique la plus grave depuis 1945, a reconnu le président français Emmanuel Macron, à l’issue du sommet. Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a toutefois évoqué une « étape importante ».

Les dirigeants de l’UE restent divisés sur le montant mais aussi sur le mode de financement d’un plan de relance commun, qui devrait atteindre plusieurs centaines de milliards d’euros.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’Europe pourrait connaître une récession de 7,1% cette année.

C’est, à ce stade, le continent qui compte le plus de victimes de la maladie Covid-19 avec plus de 115.000 morts, dont 25.549 en Italie, 22.157 en Espagne, 21.856 en France, et 18.738 au Royaume-Uni.

Outre-Atlantique en revanche, la Chambre des représentants américaine a adopté un nouveau plan d’aide aux petites et moyennes entreprises et aux hôpitaux d’un montant de 480 milliards de dollars, qui s’ajoutent au plan de relance historique de 2.200 milliards approuvé fin mars.

Le nombre de chômeurs aux USA a une nouvelle fois bondi pour atteindre plus de 26 millions de nouveaux sans-emploi en cinq semaines.

AFP / Valentine GRAVELEAUBilan mondial de la pandémie de nouveau coronavirus, au 23 avril 2020 à 19h00 GMT

Selon le décompte de l’université Johns Hopkins jeudi soir, les Etats-Unis ont enregistré l’un des pires bilans de la maladie sur une journée avec 3.176 décès entre 20h30 mercredi soir et jeudi soir.

Reste que malgré ce constat, plusieurs Etats américains tel le Texas, le Vermont ou la Géorgie ont décidé de se lancer sur la voie du déconfinement, en autorisant certains commerces à rouvrir.

– Salon bleu –

En Europe aussi, certains pays allègent leurs dispositifs destinés à endiguer la maladie.

AFP / MARCO BERTORELLOUn cycliste livre des articles dans une rue de Collegno près de Turin, le 22 avril 2020

Comme l’Italie, qui constate des signaux positifs (moins de personnes malades, moins de patients en soins intensifs, moins de décès quotidiens). Le gouvernement prépare l’activation de la « phase 2 », qui vise à alléger les mesures drastiques de confinement en vigueur depuis le 9 mars.

Les préparatifs vont bon train également en France, en prévision de la levée progressive du confinement à partir du 11 mai.

En Amérique latine, le Mexique est lui « dans la phase d’ascension rapide du nombre quotidien de cas », s’est alarmé le sous-secrétaire à la Santé, Hugo Lopez-Gatell. Le pays a franchi jeudi la barre du millier de morts (1.069), pour 1.633 cas de contamination.

La situation est compliquée au Venezuela (10 décès selon un bilan officiel), déjà en proie à une dramatique crise économique et politique.

Un homme de 28 ans a été tué par balle jeudi dans le sud du pays lors d’une manifestation contre la hausse des prix des produits alimentaires. C’était la seconde journée de troubles dans des villes de province, lors desquels des personnes ont été blessées ou arrêtées.

Au Salvador, l’Assemblée a mis fin soudainement à sa session jeudi soir après une forte quinte de toux d’une députée qui intervenait en séance plénière. Conséquence: un « sérieux soupçon de Covid-19 dans le salon bleu de l’Assemblée », selon le président salvadorien, Nayib Bukele, l’évacuation immédiate du bâtiment et la mise en confinement de la centaine de députés.


Translate »
%d blogueurs aiment cette page :