Belgique: le roi exprime ses regrets pour la violence du régime colonial Belge et «les actes de cruauté» commis au Congo sous Léopold II


Pour la première fois dans l’histoire de la Belgique, un roi régnant a exprimé mardi ses regrets pour les violences commises par l’ancienne puissance coloniale lorsqu’elle régnait sur ce qui est maintenant le Congo.

Dans une lettre adressée au président congolais, Félix Tshisekedi, le roi de Belgique Philippe n’a pas voulu présenter d’excuses officielles mais a exprimé ses « plus profonds regrets » pour les « actes de violence et de cruauté » et les « souffrances et humiliations » infligées au Congo belge. La lettre a été publiée à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance de ce pays africain.

« Pour renforcer encore nos liens et développer une amitié encore plus fructueuse, nous devons pouvoir nous parler de notre longue histoire commune en toute vérité et sérénité », a écrit Philippe.

La lettre de Philippe a été envoyée alors que l’on exige de plus en plus que la Belgique réévalue son passé colonial et assume la responsabilité des atrocités commises par l’ancien roi Léopold II. Suite aux protestations contre l’inégalité raciale déclenchées par la mort de George Floyd le 25 mai dernier aux États-Unis, plusieurs statues de Léopold, qui est responsable de la mort de millions d’Africains sous le régime colonial belge, ont été vandalisées. Une pétition a demandé à la Belgique de retirer toutes les statues de l’ancien roi.

Un buste de Léopold II devrait être retiré de l’exposition mardi prochain dans la ville de Gand, suite à une décision des autorités locales.

Au début de ce mois, les autorités régionales ont également promis des réformes du cours d’histoire pour mieux expliquer le véritable caractère du colonialisme. Le Parlement fédéral a décidé qu’une commission se pencherait sur le passé colonial de la Belgique.

Le Premier ministre belge, Sophie Wilmes, a demandé un débat « approfondi » mené « sans tabou ».

« En 2020, nous devons pouvoir regarder ce passé commun avec lucidité et discernement », a-t-elle déclaré mardi. « Tout travail de vérité et de mémoire commence par la reconnaissance de la souffrance. Reconnaître la souffrance de l’autre ».

Dans sa lettre à Tshisekedi, Philippe a souligné les « réalisations communes » atteintes par la Belgique et son ancienne colonie, mais aussi les épisodes douloureux de leur relation inégale.

« A l’époque de l’Etat indépendant du Congo, des actes de violence et de cruauté ont été commis qui pèsent encore sur notre mémoire collective », a écrit Philippe, en se référant à la période où le pays était sous le règne privé de Léopold II de 1885 à 1908.

« La période coloniale qui a suivi a également causé des souffrances et des humiliations », a reconnu Philippe.

A picture taken on June 10 2020 in Brussels shows the vandalized statue of King Leopold II of Belgium. – The statue was vandalized during a protest action amid discussions to remove all Leopold 2 statues due to the misdeeds in his personal property Congo. (Photo by THIERRY ROGE / various sources / AFP) / Belgium OUT (Photo by THIERRY ROGE/Belga/AFP via Getty Images)

Léopold a régné sur le Congo comme un fief, forçant nombre de ses habitants à l’esclavage afin d’extraire des ressources pour son profit personnel. Son premier règne, qui a débuté en 1885, était célèbre pour sa brutalité, qui, selon certains experts, a fait jusqu’à 10 millions de morts.

Après la fin de son règne sur le Congo en 1908, il a remis le pays d’Afrique centrale à l’État belge, qui a continué à régner sur une zone 75 fois plus grande que le sien jusqu’à ce que la nation africaine devienne indépendante en 1960.

En 1958, les belges ont exposé des Congolais dans un zoo humains.

Ces congolais étaient humiliés tous les jours. Les visiteurs leur jetaient des bananes et des cacahuètes à même le sol pour qu’ils le mangent, ils obligeaient ces nègres à imiter des cris de singes. Ils étaient forcés de vivre dans des cages semblables à des animaux comme dans les zoos d’aujourd’hui.

https://www.congo-autrement.com/page/devoir-de-memoire/en-1958-les-belges-ont-places-267-congolais-dans-un-zoo-humains.html

Pour les Belges Occidentaux, ces expositions de ‘village nègre’- comme on les appelait à l’époque – étaient aussi une façon de montrer leur suprématie sur le peuple africain. « Ces expositions universelles étaient de la propagande coloniale, » explique Maarten Couttenier. « Depuis Anvers au 19e siècle jusqu’à Bruxelles [en 1958], le but était de montrer les aspects positifs de la colonisation. Le négatif était caché. »À l’époque, à Léopoldville [actuelle Kinshasa], « il y avait une ségrégation raciale avec la ville des blancs et la ville des Africains (…) 

« Je tiens à exprimer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé, dont la douleur est aujourd’hui ravivée par une discrimination trop présente dans nos sociétés », a écrit le roi, insistant sur sa détermination à continuer à « lutter contre toutes les formes de racisme ».

Philippe a également félicité le président Tshisekedi à l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance du pays, ruinant le fait qu’il n’ait pas pu assister aux célébrations auxquelles il avait été invité en raison de la pandémie de coronavirus.


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