Les séparatistes du Yémen doivent renoncer à l’autonomie et promouvoir un accord de paix


Le principal groupe séparatiste du Yémen va abandonner ses aspirations à l’autonomie pour mettre en œuvre un accord de paix bloqué, négocié par l’Arabie Saoudite, a annoncé le groupe au début de la journée de mercredi, dans une démarche visant à combler un dangereux fossé entre des alliés nominaux dans la guerre de cinq ans.

Nizar Haitham, un porte-parole du Conseil de transition du Sud, un groupe de milices soutenu par les Emirats arabes unis, a déclaré que les séparatistes abandonneraient leurs rêves d’autonomie sur le Yémen du Sud pour poursuivre l’accord de Riyad.

Cette annonce intervient après des mois de luttes intestines au sein d’une coalition dirigée par les Saoudiens qui a vu les sécessionnistes prendre le contrôle de la ville portuaire d’Aden, au sud du pays, siège intérimaire du gouvernement reconnu internationalement, déclenchant des affrontements féroces dans une grande partie du sud.

Le groupe croit toujours en la restauration d’un Yémen du Sud indépendant, qui a existé de 1967 à 1990. Son engagement en faveur d’un accord final reste flou.

« Nous avons atteint nos objectifs », a déclaré M. Haitham, notant que l’annonce a fait l’objet d’une intense pression de la part de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. « Nous affirmons la poursuite et l’approfondissement de notre partenariat stratégique avec la coalition arabe. »

L’accord de partage du pouvoir, signé à Riyad, la capitale saoudienne, l’automne dernier, met fin à une rivalité de longue date entre le gouvernement du Yémen, soutenu par les Saoudiens, et les séparatistes du sud, soutenus par les Émirats. L’accord n’a jamais été mis en œuvre.

L’Arabie saoudite a déclaré mercredi dernier qu’elle avait proposé un plan pour « accélérer » la mise en œuvre de l’accord, qui prévoit la création d’un nouveau gouvernement dans les 30 jours et la nomination d’un nouveau gouverneur et d’un nouveau directeur de la sécurité pour Aden, selon l’agence de presse officielle saoudienne.

Tout au long de la guerre, les deux États arabes sunnites, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ont été partenaires dans une coalition militaire luttant pour chasser les rebelles chiites Houthi, alliés de l’Iran, qui se sont emparés du nord du Yémen en 2014 et de la capitale Sanaa.

L’impasse entre leurs alliés yéménites respectifs a souvent dégénéré en troubles violents, menaçant de briser la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et compliquant les efforts de paix plus larges visant à mettre fin à la guerre civile de cinq ans, qui a tué plus de 112 000 personnes et déclenché la pire catastrophe humanitaire au monde.

La nouvelle proposition saoudienne énonce des engagements qui ont fait obstacle pendant des mois, comme la formation d’un gouvernement composé de 24 ministres avec une représentation égale des habitants du Nord et du Sud, y compris les séparatistes. Elle demande également le retrait des forces rivales d’Aden et de la province méridionale d’Abyan, qui est un point chaud.

Le projet donne au premier ministre actuel du Yémen, Maeen Abdulmalik Saeed, le mandat de former un gouvernement au cours du mois prochain. L’agence de presse SABA, gérée par l’Etat du Yémen, a nommé mercredi le nouveau directeur de la sécurité et gouverneur d’Aden.

Le porte-parole du gouvernement du Yémen, Rajih Badi, a salué l’initiative saoudienne et a exprimé l’espoir que les séparatistes tiennent leur promesse de mettre en œuvre l’accord « par nécessité et urgence d’intérêt national ».

Khalid bin Salman, le vice-ministre de la défense de l’Arabie Saoudite, a déclaré que les efforts du prince héritier Mohammed bin Salman « ont réussi » à mettre en œuvre l’accord de Riyad « et à atteindre une paix, une sécurité et une prospérité durables pour le Yémen ». Il n’a fait aucune mention des combats entre la coalition dirigée par les Saoudiens et les Houthis.

Ce rapprochement intervient alors que l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, principaux partenaires de la coalition, ont cherché à s’éloigner de leur guerre coûteuse avec les Houthis, qui a poussé des millions de personnes au bord de la famine et s’est installée dans une impasse sanglante.

L’Arabie saoudite a annoncé un cessez-le-feu unilatéral au début de l’année, qui s’est rapidement effondré mais qui reflète plus largement son malaise croissant face à la guerre. L’été dernier, les Émirats arabes unis ont annoncé qu’ils mettaient fin à leur rôle dans le conflit, bien qu’ils continuent à exercer une influence par le biais de leurs représentants, comme le groupe séparatiste.

Bien qu’il semble peu probable que cet accord constitue un pas vers une paix durable, même une vague perspective de règlement a été accueillie favorablement, car le secteur de la santé dévasté du Yémen est aux prises avec une importante épidémie de coronavirus et le pays est confronté à un manque drastique d’aide humanitaire qui a obligé 75 % des programmes des Nations unies pour le pays à mettre fin ou à réduire leurs opérations.

Mardi, l’envoyé spécial de l’ONU au Yémen, Martin Griffiths, a dressé un tableau sombre du pays devant le Conseil de sécurité.

Les négociations de paix menées par l’ONU entre les rebelles et le gouvernement n’ont pas abouti à un accord, a-t-il déclaré. Les Houthis s’enfoncent dans la province pétrolière de Marib et des frappes aériennes ont tué de nombreux enfants dans le nord-ouest du pays.

L’économie s’effondre, les prix des denrées alimentaires augmentent et, pour ne rien arranger, un pétrolier abandonné amarré au large des côtes de la mer Rouge du Yémen, chargé de plus d’un million de barils de pétrole brut, risque de se rompre ou d’exploser.

« Je ne veux pas édulcorer les choses », a déclaré M. Griffiths, avertissant que le pays pourrait plonger à tout moment dans « une nouvelle phase d’escalade prolongée, de propagation incontrôlée du COVID-19, et de déclin économique ».


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